France

La DCRI a bien envisagé de recruter Mohamed Merah comme informateur

Temps de lecture : 2 min

Capture d'écran
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Le journal Le Monde a eu accès aux notes de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) au sujet de Mohamed Merah, l'auteur des tueries de Toulouse et de Montauban, et publie ce vendredi 19 octobre un article sans appel sur l’«incroyable raté des services secrets» français dans cette affaire.

Les documents qu’ont pu consulter les journalistes Laurent Borredon et Emeline Cazi montrent clairement que les services, «qui savaient tout du profil "inquiétant" de Merah, ont inexplicablement arrêté de le surveiller fin 2011».

C’est en fait à la suite du fameux entretien avec des policiers de la DCRI du 14 novembre, alors que Merah vient de rentrer d’un voyage au Liban, en Turquie, à Jérusalem et surtout au Pakistan, que les services décident d’arrêter leur surveillance, quatre mois seulement avant la vague d’assassinats de Toulouse et de Montauban, au moment où Merah commençait les préparatifs de ses crimes.

Le rapport de cet entretien, le dernier de la DCRI sur Merah avant les attentats, est édifiant. Il y est notamment écrit:

«Cette rencontre n'a pas permis de faire le lien entre Mohamed Merah et un éventuel réseau djihadiste. Mohamed Merah est apparu comme quelqu'un d'assez malin et ouvert qui pourrait présenter un intérêt pour notre thématique en raison de son profil voyageur. Néanmoins, le comportement et la fiabilité de Merah nécessitent d'abord une évaluation.»

Non seulement les policiers n’ont pas réussi à déceler la dangerosité de Merah, alors que des rapports précédents parlaient de comportement «inquiétant» et «violent» et montraient des contacts avec des extrémistes religieux, et qu’il est resté très évasif sur son passage au Pakistan, où il a reçu un entraînement avec des djihadistes, mais surtout, ce passage confirme que la DCRI a bel et bien envisagé de recruter Merah comme informateur.

Dans les jours qui avaient suivi les attaques, l’hypothèse d’un Merah informateur des services qui se serait retourné contre ses employeurs avait été évoquée. Rien ne prouve, encore, que la DCRI avait enrôlé le jeune Toulousain. Bernard Squarcini, alors patron de la DCRI auditionné par le juge Teissier, en charge de l’enquête sur les assassinats, jure que «non».

Mais à la question de savoir si Merah a pu «bénéficier à un moment quelconque, de l'aide positive ou passive» de la DCRI, Squarcini est moins catégorique:

«Jamais à ma connaissance et compte tenu des éléments en ma possession.»

La question reste en suspens, mais la faillite des services, supposée depuis le début de l’affaire, ne fait plus de doutes. Johan Hufnagel écrivait ici-même dès mars dernier, au lendemain de la mort de Merah et alors que Nicolas Sarkozy venait d’annoncer de nouvelle mesures antiterroristes:

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«S’il n’y avait eu ni faille, ni ratage, Mohamed Merah aurait été arrêté avant qu’il ne commette les sept assassinats qui lui sont reprochés. Et il ne serait pas mort dans des conditions à propos desquelles il est légitime que l'on s'interroge. Tout indique que ce jeune terroriste revendiqué aurait dû bénéficier d’une attention toute particulière. Pour prétendre le contraire, il faut expliquer comment un jeune homme, dont les voyages au Pakistan et Afghanistan et les tendances djihadistes étaient connus des services de police a réussi à s’offrir un arsenal militaire et à surprendre, “par sa détermination”, des policiers d’élite.»

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