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Blocus: comment Israël nourrissait Gaza juste assez pour empêcher une famine

Jamal El Hassani, mis à jour le 18.10.2012 à 13 h 34

Des employés contrôlent des sacs d’aide humanitaire à Kerem Shalom, à la frontière de Gaza. REUTERS / Amir Cohen

Des employés contrôlent des sacs d’aide humanitaire à Kerem Shalom, à la frontière de Gaza. REUTERS / Amir Cohen

C’est une bataille juridique de trois ans et demi qui vient de s’achever en Israël. L’association de défense des droits de l’homme Gisha vient d’obtenir la publication d’un rapport sur la nutrition et la distribution de nourriture dans la bande de Gaza, rapporte Haaretz.

Ce rapport rédigé en 2008 par le Coordinateur des activités du gouvernement dans les territoires (Cogat) indique les besoins en nourriture journaliers des Gazaouis et dresse une «ligne rouge» à ne pas franchir pour éviter d’affamer la population, mais restreint également le plafond de nourriture autorisée à un niveau très proche de cette ligne rouge, explique le quotidien israélien.

A l’époque, Israël impose un très sévère blocus après la prise de contrôle de la bande Gaza par le Hamas en 2007. Le blocus limite l’importation de nourriture et d’autres biens de première nécessité, rendant les Gazaouis dépendants de l’approvisionnement israélien, de l’aide internationale et d’une agriculture domestique loin d’être autosuffisante. Ce blocus a été allégé en 2010.

Le rapport préconise en moyenne 2.279 calories par personne. Selon l’Irish Times, qui s’appuie sur des données du Conseil européen de l'information sur l'alimentation, «les femmes ont besoin d’un apport journalier d’environ 2.000 calories, les hommes ont besoin d’entre 2.500 et 2.800 calories, et les enfants d’environ 1.300 calories pour être en bonne santé».

Le Cogat conclut qu’Israël a besoin d’acheminer 131 camions chargés de nourriture et d’autres biens chaque jour pour satisfaire les objectifs de la ligne rouge. Mais Gasha affirme en s’appuyant sur des chiffres de l’ONU que le nombre de camions tombait souvent en dessous de ce nombre, qui constituait une ligne rouge pour le Cogat, rapporte Haaretz. D’autre part, Irish Times affirme que ces livraisons n’étaient effectuées que cinq jours sur sept, créant inévitablement un approvisionnement insuffisant.

Haaretz relève également que le rapport du Cogat reconnaît les effets néfastes du blocus sans y apporter la moindre solution:

«Les rédacteurs des “lignes rouges” notent que la quantité de fruits et de légumes que Gaza pouvait cultiver pour ses propres besoins était censée passer de 1.000 tonnes par jour à 500 en quelques mois, à cause l’interdiction israélienne d’importer des graines et d’autres matériaux bruts nécessaires à l’agriculture, ainsi que l’interdiction d’exporter à partir de la bande de Gaza.»

Gasha conclut que les directives Israéliennes n’ont pas causé de famine ou de longues pénuries de nourriture, rapporte Irish Times. Elles ont en revanche provoqué «une forte augmentation des prix, une grave crise économique et ont augmenté la dépendance à l’aide humanitaire». De plus, «imposer un plafond d’importation de nourriture est contraire aux droits de l’homme», affirme un responable d’une mission locale de l’ONU.

Jamal El Hassani
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