Culture

VIDÉO - Comment E.T. a trouvé son Elliott: la meilleure audition au monde?

Forrest Wickman, mis à jour le 18.10.2012 à 11 h 06

© United International Pictures (UIP)

© United International Pictures (UIP)

L’audition de Henry Thomas pour son rôle d’Elliott dans le film E.T., l’Extraterrestre a commencé à circuler compulsivement sur le web cette semaine. La vidéo est formidable: Thomas avait seulement 11 ans à l’époque de la sortie du film, mais dès son audition, sa performance est émouvante.

Au bout de trois minutes d’improvisation, il passe de la honte à la colère avant une explosion spontanée de vraies larmes. A la fin de la vidéo, vous pouvez entendre un Steven Spielberg ému annoncer de derrière la caméra:

«Ok kid, you got the job.» («Ok petit, tu as le rôle.»)

Le pouvoir de la performance de Thomas est indéniable –il est clair qu’il convoque une vraie douleur. D’après un article de 1991 paru dans TV Guide, Thomas a trouvé le ton juste pour son audition en pensant à son chien qui venait de mourir. De cette manière, il touchait parfaitement à la plus puissante émotion du film: E.T., parfois qualifié de film sentimental, se termine par la prise de conscience tragique d’un enfant qui comprend qu’il y a des choses dans la vie qu’il doit perdre à tout jamais.

Quand Elliott fait ses adieux à E.T., il ressent également la perte de son père, qui a abandonné sa famille pour une famille au Mexique. Spielberg lui-même a imaginé le personnage de E.T. en se basant sur l’ami imaginaire qu'il s’était créé durant son enfance, après le divorce de ses parents.

Mais la manière dont Henry Thomas est devenu Elliott est plus complexe que ce que la vidéo suggère. Spielblerg avait remarqué Thomas pour la première fois en 1981, après son rôle dans L'Homme dans l'ombre, dans lequel le jeune garçon avait fait ses débuts en jouant le fils de Sissy Spacek.

Spielberg avait déjà auditionné plus de 100 enfants quand Thomas s’est finalement présenté avec, en véritable fan des Aventuriers de l’Arche perdue, un fouet et un chapeau de Indiana Jones sur la tête.

Cependant, même si certains ont parlé cette semaine de  «la meilleure audition au monde», celle-ci n’a pas si bien commencé.

D’après la productrice Kathleen Kennedy, Thomas était tellement nerveux de rencontrer Spielberg que quand il s’est assis pour lire sa réplique, «sincèrement, il s’en est plutôt mal tiré». Après cette lecture décevante, Spielberg lui a demandé d’improviser la scène que nous voyons sur la vidéo, avec le directeur de casting Mike Fenton. Spielberg a su immédiattement que Thomas avait fait mouche:

«Cette improvisation venait tellement du cœur et était tellement sincère que je lui ai donné le rôle immédiatement... J’étais subjugué par ce garçon de 9 ans. Puis j’ai réalisé que c’était un acteur adulte, pas un enfant de 9 ans. Il contrôle tout, c’est un acteur méthodique qui mesure ce qu’il fait et ressent ce qu’il fait, et ensuite joue d’une manière totalement subtile. Sa performance est tellement millimétrée, contrairement à la plupart des enfants acteurs, qui ont l’air de vous donner 150% de ce qu’ils savent faire à chaque prise. La performance de Henry est très progressive, mais il vous entraîne dans une magnifique direction vers une catharsis très, très enthousiaste. C'est juste un gamin unique, tel que vous en rencontrez un dans votre vie.»

Kennedy raconte qu’à la fin de son improvisation, Thomas avait fait pleurer tous les gens présents dans la pièce. Après lui avoir accordé le rôle, Spielberg a cependant craint que le jeune acteur était en réalité trop sérieux. Il a été plus rassuré quand le garçon a rencontré E.T. et a explosé de rire. Pour l’aider à maintenir cette humeur légère, Spielberg a essayé de traiter Thomas non comme son acteur, mais comme son ami. Ils étaient tous les deux fans de Pac-Man, et passsaient des heures à chaque pause déjeuner à jouer aux jeux vidéo. (Spielberg reproduira cette expérience par la suite sur le tournage de L’Empire du Soleil, passant ses pauses déjeuner à jouer aux voitures téléguidées avec le jeune Christian Bale.)

Pour la scène finale des adieux, désignée une des scènes les plus puissantes de tous les temps, aucune ruse n’a été nécessaire.

«Quand j’ai joué la scène durant laquelle Elliott et E.T. se disent au revoir, se rappelle Henry Thomas, aujourd'hui âgé de 41 ans, je ne pouvais pas m’empêcher de pleurer parce que j’avais travaillé avec E.T. tous les jours et il était devenu réel pour moi.»

Spielberg savait qu’avec Thomas, il avait créé une magie qui toucherait les gens au plus profond d’eux-mêmes: 

«L’équivalent de l’atterrissage du vaisseau spatial dans Rencontre du Troisième Type est peut-être, dans E.T., une larme dans l’œil d’Henry Thomas. C’était mon équivalent d’un effet spécial hyper sophistiqué, et c’était bien d’être capable de réduire à ce détail ce que les gens ressentent les uns pour les autres.»

Forrest Wickman

Traduit par Pierrick de Morel

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