Sports

Regarder un match de foot rend-il plus violent?

Laure Beaulieu, mis à jour le 17.10.2012 à 15 h 13

Xabi Alonso marque le second but de Espagne-France le 23 juin 2012 à Donetsk, REUTERS/Michael Buholzer

Xabi Alonso marque le second but de Espagne-France le 23 juin 2012 à Donetsk, REUTERS/Michael Buholzer

Près de 8,5 millions de Français auraient regardé le match France-Espagne, le 16 octobre 2012. Regarder un tel spectacle les a-t-il rendus plus suspectibles d'actes de violences? Une étude effectuée en Grande-Bretagne pendant la Coupe du monde 2006, et reprise par le magazine The Atlantic laisse penser que non:

«Les victoires spectaculaires comme les défaites écrasantes pendant la Coupe du monde ont été associées à une augmentation significative de la violence domestique en Angleterre, les matchs nuls ne semblent pas quant à eux avoir d'effet.»

Les téléspectateurs français du 16 octobre n'auraient donc pas été plus violents qu'à l'ordinaire, étant donné qu'ils ont assisté à un match nul. The Atlantic reprend en revanche l'exemple de deux matchs et des augmentations significatives de la violence domestique qui y sont corrélées:

«Quand l'Angleterre a perdu 4 contre 1 face à l'Allemagne, sa "plus grosse défaite en finale de Coupe du monde", la violence domestique a augmenté de 31,5%. Quelques jours plus tôt, quand l'espoir de gagner le championnat était encore présent et que l'Angleterre avait battu la Slovénie, la violence domestique a aussi augmenté d'un taux similaire de 27,7%.»

Slate.com avait déjà consacré un article au lien entre le sport et la violence domestique, et relatait une autre étude consacrée celle-ci au football américain:

«Selon une nouvelle étude du Bureau national de recherches économiques (National Bureau of Economic Research), regarder du football américain serait aussi risqué pour les supporters et leurs familles. (...) L'étude montre que lorsqu'un match de la National Football League (NFL) se termine par une défaite, la ville de l'équipe perdante connaît une recrudescence subite de violence domestique.»

Cette étude concluait aussi à des répercussions importantes sur les chiffres de la violence domestique:

«Pendant les dimanches de la saison normale, les pertes des équipes favorites –c'est-à-dire les défaites douloureuses– sont associées à une augmentation de 8% de la violence sur partenaire intime. (...) Les flambées de violence sont presque deux fois plus importantes lors de rencontres à fort potentiel émotionnel entre des rivaux traditionnels (...), idem pour des matchs avec beaucoup de retournements et de pénalités.»

Néanmoins Ray Fisman apportait deux nuances aux résultats de cette étude:

«Les matchs empêchent des criminels potentiels de sortir dans la rue, au moins pendant quelques heures les dimanches après-midi. Il est possible, en bref, que le football augmente la violence domestique mais abaisse d'autres types de criminalité. Et si la défaite d'une équipe peut causer de la violence, cela ne signifie pas que le football est la raison fondamentale des violences d'après-match. Il est plus probable que la défaite ne fait que provoquer une agression qui se serait de toutes les façons produite.»

Laure Beaulieu
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