Culture

La série «Homeland» est-elle crédible?

Temps de lecture : 2 min

Claire Danes et Damien Lewis dans «Homeland»
Claire Danes et Damien Lewis dans «Homeland»

La série d’Howard Gordon, Homeland, dans laquelle un soldat américain, Brody (Damian Lewis) retrouvé après des années de captivité en Irak est peut-être, ou pas, devenu un agent double, enfouit dans une intrigue époustouflante et jouissive les notions de complot, de conversion, de menace islamiste, de terrorisme...

Tout cela avec un manque de nuance absolu, selon Peter Beaumont, éditeur de la section relations internationales du Guardian, qui débouche sur une caricature malsaine des arabes et des musulmans. Une série pas du tout crédible selon lui:

«Je sais que les séries télévisées sont souvent irréalistes et ridicules», concède le journaliste, mais à la question «est-ce que [la façon dont sont dépeints les arabes et les islamistes] compte? La réponse est oui».

Le spécialiste souligne que la majorité des musulmans de la série, même lorsqu’ils semblent intégrés, parlent parfaitement l’anglais, ont des postes à responsabilité, partagent un secret: ils appartiennent indirectement à al-Qaida. «En d’autres termes, précise Beaumont, qu’ils soient riches, intelligents, profitent du mode de vie occidental ou soient attirants, peu importe: ils doivent tous être suspects.»

Beaumont poursuit, expliquant qu’au-delà des individus, c’est tout le portrait géopolitique des pays concernés dans la série qui est faussé:

«Car Homeland présente une image étrange et peu crédible des relations entre les pays et les identités régionales, où les Palestiniens, les Irakiens, les Saoudiens, poursuivent tous le même but politique, nonobstant leurs origines, leur culture, leur histoire

Beaumont s’inquiète d’autant plus de cette distorsion du réel concernant les arabes et les musulmans qu’Homeland est perpétuellement présentée comme crédible et réaliste par les acteurs et l’équipe de la série.

[Attention spoilers sur la première saison dans les paragraphes qui suivent.]

Jusqu'à présent, les observateurs qui se sont penchés sur la crédibilité de la série, ont davantage évoqué l'arc narratif de la série, ses péripéties. Sur son blog Le Monde des Séries, Pierre Sérisier écrivait par exemple en décembre dernier, à propos de la fin de la première saison:

«En revanche, tout le passage où Brody parvient à se faire enfermer dans le "bunker" du département d'Etat suivant le plan prévu par Nazir n'est qu'une pâle copie des aventures de Jack Bauer [24, NDLR]. Au moins, celles-ci ne cherchaient pas à être crédibles et faisaient seulement appel à l'enchaînement de situation dramatique.»

D'autres articles se sont interrogés sur l'évolution psychologique du personnage de Brody, ou sur le fonctionnement de la CIA (la possibilité pour Carrie, jouée par Claire Danes) d’y survivre en étant bipolaire, son indépendance dans son action, etc).

Pour ceux qui ont également suivi les premiers épisodes de la deuxième saison, nos cousins de Slate.com s'interrogent aussi sur la crédibilité de Homeland. Vous pouvez lire à ce sujet le passionnant dialogue entre June Thomas et Fred Kaplan, spécialiste des questions de sécurité.

Charlotte Pudlowski journaliste, créatrice et rédactrice en chef du podcast Transfert

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