France

Marseille: autopsie d'une ville en chute libre

Temps de lecture : 2 min

Notre-Dame de la Garde - Marseille /styeb via Flickr CC License by

«Ici, l’Etat a démissionné, il a jeté l’éponge.» Pierre-Louis Rozynes, journaliste au Nouvel Economiste, a écrit cette phrase en avril dans le premier volet de son enquête-feuilleton, «Bons baisers de Marseille», dont le quatrième vient d’être mis en ligne sur le site de l’hebdomadaire.

A quelques mois du coup d’envoi des festivités de Marseille 2013, capitale européenne de la culture, la ville fait régulièrement la une des journaux dans la rubrique justice et police.

D’un côté l’affaire Guérini, «un système représenté par un immense gâteau de fonds publics que se partagent des élus, des fonctionnaires, des truands, des groupes de BTP et de services aux collectivités». De l’autre la liste qui s’allonge des morts par balle dans les quartiers. Jeudi 11 octobre, on apprenait qu'une nouvelle fusillade dans le 4e arrondissement avait fait un mort et un blessé.

«Sarkozy se méfiait de Marseille.» La gauche, embarrassée par l’affaire Guérini, aurait préféré en rester éloignée.

«Hollande, qui connaît ses classiques mais aussi ses dossiers, sait que Marseille est une pétaudière policière, judiciaire, sociale, éducative, écologique, économique et financière. Il n’était pas prévu que son gouvernement s’empare aussi vite du dossier, mais les événements vont l’y obliger.»

Car rien ne tourne rond, et ni les nouveaux règlements de compte ni la sortie de la sénatrice et maire du huitième secteur Samia Ghali sur l'armée en banlieue n'ont appaisé la situation.

Pour Jean-Claude Gaudin, «maire autosatisfait depuis 17 ans» et qui en prend pour son grade tout au long du feuilleton comme les élus de gauche, «il n’y a jamais pire nouvelle que d’apprendre qu’Yves Calvi consacre à Marseille son émission du jour, entre une spéciale sur l’Iran et l’autre sur Fukushima». Or ces temps-ci, Marseille est devenue un marronnier hebdomadaire de C dans l'air.

Dans son dernier volet, le journaliste fait un rappel historique. Le 28 octobre 1938, un incendie se délenche dans les Nouvelles Galeries, le grand magasin de la Canebière. 73 morts. Le président du Conseil, Daladier, observe depuis l’hôtel voisin le terrible incendie et l'incapacité des pompiers à l'arrêter. «Mais qui commande ici? C’est lamentable!», s’exclame-t-il. Le maire de la ville, Henri Tasso, est destitué, la ville mise sous tutelle et un administrateur descend de Paris jouer le proconsul...

A présent, le gouvernement Ayrault souhaite imposer une métropole à Marseille.

«La semaine dernière Gaudin a parlé au Figaro, seul média qui ne lui donne pas des boutons, pour annoncer sa candidature aux prochaines municipales. Il veut mourir sur scène, comme Gaston Defferre, son idole, et pas défiler sous les sifflets, comme Henri Tasso lors de l’enterrement des victimes de l’incendie des Nouvelles Galeries.»

Jean-Laurent Cassely Journaliste

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