Culture

Patriots Camps: l'endoctrinement en s'amusant version Tea Party

Temps de lecture : 2 min

Des enfants font un puzzle lors du Patriot Camp de Paxtang en 2011. Photo issue du site Patriot Camp
Des enfants font un puzzle lors du Patriot Camp de Paxtang en 2011. Photo issue du site Patriot Camp

«Troublant.» Voilà comment une journaliste de GQ décrit le Patriot Camp qu’elle a visité. Situé en Pennsylvanie, c’est le tout premier Patriot Camp à avoir ouvert ses portes avant que le phénomène envahisse tous les Etats-Unis. Ces camps qui se disent apolitiques (comme le veut la loi américaine) sont financés par le Tea Party ou des organisations conservatrices proches du mouvement. Celui-ci est financé par le sulfureux producteur et animateur Glenn Beck.

Le Patriot Camp, qui dure une semaine, accueille des enfants âgés de 7 ans à 10 ans. Le but est d’apprendre aux enfants «la vérité sur la fondation» des Etats-Unis. Une honorable mission qui s’organise autour de jeux en plein air. Des activités le plus souvent «inoffensives», estime GQ. Mais à l’occasion, le camp se transforme en une effrayante cellule d’endoctrinement où l’on diffuse l’idéologie du Tea Party: intransigeance religieuse, haine des taxes et de l’Etat-providence et discours anti-avortement.

Avant les activités, la journée des enfants débute chaque matin par le même rituel: prière, serment d’allégence au drapeau des Etats-Unis et hymne national.

Les cours donnés par des volontaires utilisent des divertissements afin d’intéresser les enfants. Ainsi, Mr Alex, un des professeurs du camp, agrémente ses leçons de tours de magies pour capter l’intention de ses élèves. Voilà comment il explique le quinzième amendement (qui en 1870 mit fin à la discrimination raciale en matière de droit de vote):

«Jusqu’à ce moment-là, les Noirs –ou comme on les appelle maintenant, les Afro-Américains– ne pouvaient pas voter.»

«A l’époque, on les appelait des négros, si jamais vous voyez ce mot dans un vieux document. Ça veut dire la même chose.»

Certains cours semblent relativement éloignés de l’histoire des Etats-Unis et ont des intitulés qui laissent peu de place au doute quant aux motivations des enseignants, par exemple «Redistribution des richesses». Le professeur divise son groupe d’élève en deux. Le premier groupe doit faire des exercices physiques tandis que le second groupe est libre de faire ce qu’il veut. Lorsque le premier groupe a fini, le professeur les félicite et leur donne des friandises:

«Ok, vous avez bien travaillé, vous méritez une récompense.»

Puis il s’adresse au groupe oisif:

«Ça ne vous embête pas de ne pas avoir de friandises?»

Evidemment les enfants en veulent, le professeur prend alors les bonbons des enfants qui se sont dépensés pour les donner aux enfants qui n’ont rien fait. Profitant du sentiment d’injustice qu'il vient de créer, il assène la leçon du jour:

«Comment vous sentez-vous maintenant? Etes-vous fâchés?»

«Vous voyez, parfois nos taxes servent à de bonnes choses comme des écoles ou des routes.»

«Mais croyez-vous qu’il est juste de prendre ce que quelqu’un a durement obtenu et de le donner à quelqu’un qui n’a pas travaillé?»

Jamal El Hassani Journaliste

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