Un dialecte écossais, le Cromarty, s'éteint avec la mort de son dernier locuteur

The Black Isle Cromarty Harbourg / Amanda Slater via FlickerCC License by

Le Cromarty, c’est fini. Bobby Hogg, 92 ans est décédé la semaine dernière et a emporté avec lui le dialecte de son village, rapporte l'Associated Press. Cromarty, village portuaire écossais de 700 habitants situé à 280 kilomètres d’Edimbourg, avait autrefois comme langue commune un dialecte du même nom.

La nouvelle est terrible pour le linguiste Robert Millard, qui déclare à AP que «plus il y a de biodiversité, mieux nous nous portons. C’est la même chose avec les langues.»

Même si la disparition d’un dialecte parlé par quelques centaines de pêcheurs ne change pas grand-chose, elle fait partie d’un mouvement global de standardisation qui mène à la disparition de nombreux dialectes et langues régionales, explique AP:

«Les linguistes débattent souvent de la manière de définir et de différencier les nombreux dialectes du monde, mais la plupart sont d’accord pour dire que l’urbanisation, l’éducation obligatoire et les médias de masse ont contribué à aplanir beaucoup de bizarreries qui rendaient le parler rural unique.»

Le Cromarty est particulièrement fourni en vocabulaire de pêche. Il existe par exemple trois expressions différentes pour dire «seconde ligne de pêche», explique AP. Le dialecte est parfois proche de l’anglais: «house» (maison) se dit  «oos» et «apple» (pomme) «hayple». Mais il semble parfois tout droit sorti d’une autre dimension: «Can you lend me some money?» (Peux-tu me prêter de l’argent?) se dit ainsi «Hiv thoo a roosky sazpence i thi pooch?»

Plus de la moitié des 6.000 langues du monde sont condamnées à disparaître avant la fin du siècle, selon l’UNESCO. Pour le Guardian, ces disparitions sont inévitables, et essayer de conserver les dialectes est voué à l’échec car ils correspondent à une époque où les différents villages et régions étaient isolés les uns des autres:

«Ce qui est remarquable, c’est de voir comme ce genre de disparition nous rend tristes. Comme la disparition d’espèces rares et inconnues, le monde semble en être diminué. Nous nous réjouissons de notre propre hyper mobilité et de notre culture mondialisée, et pourtant nous espérons que ces phénomènes isolés survivront sans être altérés, comme pour apporter le calme dans l’esprit d’un monde turbulent.»