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Selon une étude, tuer son nouveau-né n’est pas dû au déni de grossesse

Jean-Yves Nau, mis à jour le 03.10.2012 à 11 h 34

Véronique Courjault quitte la cour d'assises, Tours le 18 juin 2009, REUTERS/Stéphane Mahé

Véronique Courjault quitte la cour d'assises, Tours le 18 juin 2009, REUTERS/Stéphane Mahé

Voilà une étude inédite et des propos qui vont déranger: elle conclut que les femmes qui tuent leur nouveau-né dans les vingt-quatre premières heures de sa vie (on parle alors de «néonaticide») ne sont pas des femmes qui n’avaient pas conscience d’être enceinte («déni de grossesse»).

Menée le Dr Anne Tursz, pédiatre et épidémiologiste (Inserm) elle sera présentée lors du congrès international «Agir ensemble en périnatalité pour la prévention de la santé mentale et le soutien à la parentalité» qui se tient à Paris du 3 au 5 octobre. Son auteur précise ses principales conclusions sur le site du Quotidien du médecin.

Spécialiste de ce sujet difficile, le Dr Tursz a procédé ici à l’analyse des dossiers de vingt-deux mères néonaticides. Elle conclut que l’entourage était au courant dans dix-sept cas de l’existence d’une grossesse. Elle précise que ces femmes «n’ont jamais été aidées» et qu’elles ont été «seules à porter ce fardeau devant la justice».

Selon elle, il n’existe aucune étude disponible permettant de mesurer la fréquence de l’association «néonaticide-déni de grossesse». Elle ajoute que la tendance marquée des avocats (amplement relayée par les médias) à faire cette association a deux inconvénients majeurs.

D’abord elle fait passer les femmes qui présentent bel et bien un déni de grossesse pour des tueuses potentielles. Ensuite cette confusion est utilisée comme outil judiciaire pour blanchir les femmes auteurs de néonaticide qui savaient pertinemment qu’elles étaient enceintes.

«Ces femmes ont, pour la plupart d’entre elles, de lourds problèmes de carences affectives et d’isolement –moral surtout: ce sont déjà des circonstances atténuantes. Les femmes doivent aussi comprendre que ce qu’elles ont fait est grave», souligne le Dr Tursz. «Au moment du procès de Véronique Courjault (condamnée en 2010 pour triple infanticide), son avocat brandissait le déni de grossesse alors qu’elle ne cessait de dire qu’elle savait avoir été enceinte. Le vrai déni est une pathologie psychiatrique rarissime. Ce n’est pas un concept opérationnel.»

Aussi face au néonaticide, mieux vaudrait selon elle parler de «grossesse secrète» que de «grossesse cachée», expression qui renvoie à la préméditation.

Les «femmes néonaticides» sont pour le Dr Tursz des femmes qui sont enceintes à un moment de leur vie où elles ne peuvent pas assumer leur grossesse. Soit elles ont peur que leur compagnon les quitte, soit elles sont hébergées chez «une mère qui les terrorise».

«Elles prévoient un prénom pour le nouveau-né tout en envisageant de le tuer, elles ne veulent pas admettre son existence mais elles l’imaginent à trois ans...» Elle ajoute que son étude montre, de manière assez frappante, qu’aucune femme n’a fait suivre sa grossesse par un professionnel de santé, et ce de manière délibérée.

«Cinq d’entre elles ont été voir, pour des raisons autres, soit des médecins généralistes soit des médecins du travail, rapporte-t-elle. Dans les cinq cas, alors que certaines étaient au bord d’accoucher, personne n’a rien remarqué.» 

Pour le Dr Tursz, l’éducation à la sexualité reste aujourd’hui beaucoup trop théorique dans les lycées. «Il n’y a pas d’éducation ni à l’affectif, ni à la parentalité, dit-elle. Et le rôle futur des garçons et de leur responsabilité n’est pratiquement jamais abordé.» Les dérangeants conclusions de cette spécialistes sont à mettre en perspective avec l’abondante littérature consacrée, depuis l’affaire Courjault, au concept du déni de grossesse.

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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