Culture

Quel spectateur de cinéma êtes-vous?

Temps de lecture : 2 min

- Ladies and gentlemen, please take your seats / atomicjeep via FlickrCC Licence by -
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Le spectateur qui pénètre le premier dans une salle de cinéma a tout le loisir de choisir la meilleure place, la plus centrale, face à l'écran, ni trop près ni trop loin. Et ce n'est pourtant pas forcément celle qu'il choisit, explique un article de Conserveries mémorielles, («revue transdisciplinaire de jeunes chercheurs») intitulé: «Qui s’assoit où? Stratégies d’occupation des sièges dans la salle de cinéma».

L'article explique que la rationalité n'est manifestement pas ce qui préside au choix du siège:

«L’essentiel des comportements de choix et libération des sièges obéissent avant tout à des règles et stratégies d’occupation d’un espace et d’un territoire, fortement conditionnées par l’âge et surtout le sexe du spectateur.»

Capture d'écran, voir le shéma original ici
La typologie de spectateurs est étoffée: primo-arrivants, foule tranquille, retardataires (et parmi eux: les réservés, les méticuleux, les dominants du dernier moment). Ils se placent en fonction de la manière dont ils peuvent observer les autres spectateurs, et davantage du côté où n'est pas la sortie, afin de se sentir protégés, à l'abri. Beaucoup choisissent le haut de la salle:
«Nous posons l’hypothèse que le choix du haut de la salle obéit avant tout à un double souci: celui, conscient ou non, de domination de l’espace et de l’espèce, voire de contrôle du territoire; un autre, de sécurité, dans une volonté d'un éloignement qui permet de contrôler son rapport à l'image, doublée d’une peur physique inconsciente de ce qui se passe derrière soi qu’on ne maîtrise pas, surtout dans le noir.»

La temporalité du départ de la salle est aussi un enjeu: l’âge, l'état social et surtout le sexe seront déterminants: les femmes n'initient jamais le départ à la sortie du film.

Il y a une catégorie de spectateurs que cette étude ne prend pas en compte, c'est celle des jeunes qui s'installent délibérément en retard et pour déranger le monde. Sur son tumblr Maxdonzel, un blogueur raconte sa séance face au film The We and the I, de Michel Gondry. Un groupe de jeunes arrive une fois le film bien entamé.«Seulement, dans cette salle 12, il se sont retrouvés face à un miroir. Car dans le film, au fond du bus, les petits caïds alpha se moquent du monde en riant fort, ils dérangent, jouent aux petits chefs, aux bullys.»

A l'instar des caïds venus dans la salle, qui soudain se calment, écoutent.

«Ils avaient l’air d’être subjugués par l’image bienveillante que le film leur renvoyait d’eux mêmes, du fond du bus au premier rang de la salle de cinéma.

Quelques scènes plus tard, dans le film, l’atmosphère change. Les personnages quittent peu à peu le bus, et l’un des bullys se retrouve seul. Soudain, sa fragilité est exposée. (...) C’est évidemment à ce moment que, probablement gêné par une vérité trop embarrassante, notre petit groupe s’est levé bruyamment en criant “trop nul ce film” pour passer à la salle suivante.»

[Cet article a été mis à jour le 25/09/12 à 15H]

Charlotte Pudlowski journaliste, créatrice et rédactrice en chef du podcast Transfert

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