France

Un fonds qatari financera finalement les banlieues

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 24.09.2012 à 10 h 52

Doha, la capitale du Qatar, en 2010. REUTERS/Fadi Al-Assaad

Doha, la capitale du Qatar, en 2010. REUTERS/Fadi Al-Assaad

Il y avait eu un gel du fonds, puis une réorientation, mais on est revenu à l'objectif initial: un fonds financé par le Qatar sera bien consacré à améliorer la situation économique de banlieues françaises en grande difficulté, selon Libération (article réservé aux abonnés). La nouveauté: ce fonds sera aussi financé par le gouvernement français, dont la «participation inattendue» fait s'élever le fonds à «au moins 100 millions d'euros» selon Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif.

Ce fonds gêne depuis sa conception. Quand en 2011, raconte Libération, des élus réunis au sein de l'Aneld (Association nationale des élus locaux pour la diversité) décident de solliciter des investissements du Qatar, sur tout le spectre politique, de la gauche à Marine Le Pen, on s'inquiète de voir un pays étranger tenir lieu d'investisseur à la place des pouvoirs publics. Alors en pleine campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy, prudent, fait mettre le projet à l'arrêt. Une source avait alors déclaré au Figaro:

«Le Qatar était pressé de lancer son fonds, mais les autorités françaises lui ont demandé d'attendre après les élections présidentielle et législatives.»

Le quotidien expliquait qu'évidemment, ce n'était pas simplement le fait que le Qatar soit un pays étranger qui pose problème: si «le richissime émirat gazier est un partenaire politique, économique, financier et militaire privilégié de la France, précisait le Figaro, sa boulimie d'investissements hors de ses frontières, ajoutée au sponsoring des islamistes dans les pays arabes qui se sont libérés des dictatures depuis un an, ont suscité de vives critiques, y compris chez ses alliés européens».

Sur Slate, Eric Leser écrivait en juin 2011:

Le Qatar aime tellement la France, qu'il a décidé de se la payer... au sens propre. De se payer sa classe politique, ses grandes entreprises, sa fiscalité, ses grandes écoles, son patrimoine immobilier, ses footballeurs… Et cela ne semble gêner personne. La simple addition des liens établis en France par le Qatar et des intérêts acquis a pourtant de quoi inquiéter.

Car le Qatar n'est pas vraiment un pays fréquentable. C'est une monarchie absolue construite sur une rente. Il n'y a pas de partis politiques et encore moins de démocratie. (...) [Et] Doha fait preuve d'une attitude pour le moins ambiguë à l'égard de l'islamisme chiite iranien et plus encore sunnite.»

La liste des «biens» français acquis par le Qatar

Une fois élu, François Hollande a pourtant décidé de remettre ce fonds en route, d'abord en le réorientant pour en faire bénéficier les PME puis finalement avec son destinataire initial: les banlieues. Libération raconte qu'à l’Aneld, «on savoure que "ce soit Noël avant l’heure"».

Et les banlieues ne seront pas les seules bénéficiaires. Pour désamorcer les critiques façon Marine Le Pen, (décrétant que ces investissements «sont à raison de la proportion très importante de musulmans qui sont dans les banlieues françaises. C'est donc critiquable parce qu'on laisse un pays étranger choisir ses investissements en fonction de la religion de telle ou telle partie de la population ou du territoire français») les financements du Qatar seront élargis aux «zones rurales paupérisées» selon Libération.

«Ainsi, il n’y aura plus personne pour expliquer que le Qatar cherche à vendre des paraboles aux arabes des quartiers», affirme «une source proche du dossier» au quotidien. Source qui ajoute:

«Avec ce fonds, le Qatar est pleinement dans une stratégie de conquête de l’opinion publique.»

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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