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Tatort: un vrai criminel néonazi atterrit dans une série policière allemande

Temps de lecture : 2 min

Uwe Mundlos, REUTERS
Uwe Mundlos, REUTERS

Les hasards sont parfois troublants. En novembre 2011, l'Allemagne apprenait avec effroi l'existence de la cellule de Zwickau, un groupuscule d'extrême droite constitué de trois néonazis, Beate Zschäpe, Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt, présumés être les auteurs d'une série de crimes racistes contre des «vendeurs de döner kebab» commis dans les années 2000, ainsi que du meurtre d'une policière allemande et d'un attentat à la bombe à Cologne. Leurs portraits en noir et blanc ont barré pendant des semaines la une des quotidiens allemands après que les deux hommes ont été retrouvés morts dans une caravane et que leur comparse s'est rendue à la police.

L'un des trois criminels présumés n'était pourtant pas totalement inconnu des Allemands, révèle le Spiegel, qui a découvert que cette même photographie d'Uwe Mundlos avait été diffusée des années plus tôt dans un épisode de Tatort, une série policière culte en Allemagne, suivie chaque dimanche soir par des millions de téléspectateurs, toutes générations confondues. Dans l'épisode intitulé «Bestien» (Bêtes féroces), diffusé le 25 novembre 2001 sur la chaîne ARD, le portrait en noir et blanc d'Uwe Mundlos apparaît furtivement à l'écran, imprimé sur ce qui est censé être, dans la fiction, un dossier du BKA, l'Office fédéral de la police criminelle allemande, dans une scène où une journaliste montre un dossier regroupant les photographies des «criminels sexuels de la région» à un père dont la fille a été tuée.

«Comment la photo d'Uwe Mundlos a-t-elle pu atterrir dans un épisode de Tatort?», s'interroge le Spiegel. Le portrait avait en fait déjà été diffusé dès 1998 par l'Office criminel de Thuringe, qui le recherchait alors pour «préparation d'un attentat à l'explosif dans la région d’Iéna».

Du côté de l'équipe de production de la série Tatort, c'est la consternation. Personne ne peut vraiment expliquer ce qui a pu se passer. Mais l'alibi est tout trouvé: c'est la faute à la stagiaire, à qui l'on avait confié la mission de «bricoler» un dossier qui ressemble à ceux de la police allemande. «La jeune employée partait du principe qu'il s'agissait de la photo d'un autre employé», explique au Spiegel la productrice Goslicki. Le Spiegel conclut:

«Quand Bêtes féroces a été diffusé la première fois, Böhnhardt et Mundlos devaient déjà avoir commencé à commettre des crimes: quatre petits entrepreneurs d'origine turque ont été tués par balles entre septembre 2000 et août 2001. Qui était derrière ces crimes, c'était encore un mystère à cette époque. Le fait qu'on ait pu voir un des criminels présumés dans une des émissions préférées des Allemands reste une coïncidence remarquable

Grégoire Fleurot Journaliste

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