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Le stress au travail augmente le risque d'infarctus

, mis à jour le 14.09.2012 à 7 h 59

Démonstration de massage cardiaque à Bucarest, en 2011. REUTERS/Bogdan Cristel

Démonstration de massage cardiaque à Bucarest, en 2011. REUTERS/Bogdan Cristel

Comme le travail, le stress a ses vertus. Il a aussi, comme lui, de bien mauvais côtés : le stress au travail expose à un risque supérieur à la moyenne d’être victime d’un infarctus du myocarde. Et ce risque peut être quantifié. La démonstration vient d’en être apportée par un vaste travail européen incluant près de 200 000 personnes. Il fait l’objet d’une publication dans The Lancet daté du 15 septembre.

Jusqu’à présent, les choses n’étaient pas très claires dans ce domaine. Selon les auteurs du Lancet, de nombreux biais faisaient douter des conclusions des études publiées. Il s’agissait à la fois de la méthodologie mise en œuvre, de la définition retenue de cette entité complexe que peut-être le «stress au travail» et du nombre (trop faible) de personnes étudiées.

Certaines études estimaient que ce risque était doublé, d’autres qu’il était inexistant ou presque. Pour en savoir plus, ce sujet a été mis au programme d’un grand consortium européen dénommé IPD-WORK Consortium. Constitué depuis 1985 il réunit au total treize groupes de personnes (ou cohortes) vivant dans sept pays du Vieux Continent: Belgique, Danemark, Finlande, France, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse. Soit, dans le cas de l’étude stress-infarctus près de 200.000 personnes.

Les auteurs confirment l'association entre le stress vécu sur le lieu de travail et le risque d'accidents cardiovasculaires: les personnes exposées au stress auraient un risque de 23% plus élevé d’être victime d’un infarctus du myocarde que celles qui n’y sont pas exposées. Mais qu’est-ce que le «stress au travail»? Pour faire simple, la combinaison d'une forte demande de travail avec peu de marges de manœuvre chez celles et ceux à qui cette demande est imposée. Dans le travail publié par The Lancet c’est bel et bien ce paramètre qui est isolé et non, comme dans des études précédentes des éléments personnels de psychologie (comme la «personnalité» ou les facultés cognitives).

Le consortium européen comporte la cohorte française GAZEL Elle est constituée de près de 20.000 agents d'EDF-GDF qui sont suivis depuis 1989 par des chercheurs de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Ce travail est effectué par l'unité «Centre de recherche en épidémiologie et sante des populations» (Marcel Goldberg, Archana Singh Manoux et Marie Zins).

Au total, la moyenne d'âge des participants européens est de 42,3 ans et dans la population étudiée il y a autant de femmes que d'hommes. Le «stress au travail» a été évalué par des questionnaires portant sur les aspects psychosociaux liés au travail. Il s’agissait ici d'analyser les demandes concernant le travail, l’excès de ce dernier, les demandes conflictuelles auxquels les travailleurs peuvent être confrontés, le temps restreint qui est le leur pour accomplir les tâches dont ils ont la charge.

En pratique la proportion des personnes exposées au stress au travail dans les différentes études précédentes variait de 12,5% à 22,3%. Sur cette population de 200.000 personnes, elle est de 15,3%. Et sur la période de 7 ans qu’a duré l’étude, les chercheurs ont recensé 2.358 infarctus. «En harmonisant les données, les résultats obtenus à partir des treize cohortes européennes, établissent que les personnes exposées au stress au travail ont un risque de 23% plus élevé que ceux qui n’y sont pas exposés de faire un infarctus, explique Marcel Goldberg. Quand on prend en compte des modes de vie, l'âge, le sexe, le statut socioéconomique et la répartition géographique des participants, les résultats sont pratiquement inchangés.»

Ce spécialiste estime à 3.4% la proportion des infarctus recensés parmi les 200.000 individus qui sont attribuables au stress au travail. Sur les 100 à 120.000 infarctus survenant en France chaque année, cela correspondrait selon lui à environ 3.400 à 4.000 infarctus. Sans surprise, les auteurs suggèrent de renforcer la prévention du stress au travail pour réduire ce risque.

Développées avec succès ces mesures préventives pourraient avoir également un impact positif sur d'autres facteurs de risque sanitaire ; au premier rang desquels la consommation de tabac et de boissons alcooliques qui sont, pour une large part, elles aussi liées au stress au travail. 

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