Economie

Plan de sauvetage de l'euro: l'Europe attend la décision du Tribunal constitutionnel fédéral allemand

Annabelle Georgen, mis à jour le 11.09.2012 à 17 h 20

Euros. Images_of_Money via Flickr CC License by.

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Que se passerait-il si le rêve de millions d'Allemands se réalisait demain? A l'heure où toute l'Europe a les yeux rivés sur le Bundesverfassungsgericht, le Tribunal constitutionnel fédéral, qui doit se prononcer, mercredi 12 septembre à 10 heures, sur la validité du nouveau plan de sauvetage de l'euro adopté par l'Europe en juin dernier, c'est la question cruciale que se pose le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Noble et puissante institution qui a pour mission de veiller au respect de la Loi fondamentale de la République fédérale allemande, le Tribunal constitutionnel fédéral a été saisi par plus de 37.000 Allemands réunis au sein du groupe de pression «Europa braucht mehr Demokratie» («L'Europe a besoin de plus de démocratie»), ainsi que par le parti d'extrême gauche Die Linke et Peter Gauweiler, un député au Bundestag membre de la CSU (branche bavaroise plus conservatrice de la CDU, le parti d'Angela Merkel).

«Les plaignants dénoncent le fait que l'Allemagne, par le bais de sa participation au MES (Mécanisme européen de stabilité), prenne des risques illimités et irréversibles, parce que le contrat n'est pas résiliable. Celui-ci mettrait à mal l'autonomie du Parlement en tant que pilier fondamental de la démocratie et le priverait de ses compétences nationales», rappelle l'hebdomadaire Die Zeit.

Le coût du nouveau plan de sauvetage est en effet très lourd pour l'Allemagne et les risques, dans le contexte actuel, sont grands. Comme l'explique le quotidien Tageszeitung, en tant que première puissance économique européenne, l'Allemagne paye le plus lourd tribut: elle supporte à elle seule 27% du fonds de 700 milliards d'euros qui doit être mis à disposition des pays les plus endettés de l'UE, soit 190 milliards d'euros.

«Le Bundestag et le Bundesrat avaient ratifié le traité du MES en juin avec une grosse majorité. À cause des plaintes en cours, le président fédéral n'a pas encore signé le document. Toute l'Europe attend désormais l'Allemagne et son Tribunal constitutionnel fédéral», note le Tageszeitung. À commencer par le gouvernement allemand, qui a fait savoir par la voix de son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble (CDU), que le MES et le paquet fiscal étaient «indispensables pour surmonter la crise», rappelle Die Zeit.

En attendant la décision de justice, les spéculations vont donc bon train dans la presse allemande. En cas de victoire unilatérale des plaignants, les experts craignent un effondrement de l'euro, à l'instar de Jürgen Michels, économiste en chef pour l'Europe du conglomérat financier international Citigroup. Interrogé en juillet dernier dans le Börsen Zeitung, il expliquait que cette décision risquerait de faire plonger l'Europe:

«Si le MES échouait, cela aurait les conséquences suivantes: quelques États d'Europe du Sud devraient crouler sous le poids de leurs dettes sans aucune aide extérieure, les conséquences seraient des coupes drastiques dans la dette, avec des suites extrêmement négatives pour le système financier dans l'ensemble de l'espace européen.»

Selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung, une victoire complète des plaignants est très peu probable:

«Ce qui est bien plus probable, c'est que les juges formulent un "oui, mais...". Ils pourraient par exemple circonscrire la responsabilité de l'Allemagne à une somme maximale précise, faire du fond de sauvetage permanent un fond provisoire ou renforcer le droit de regard du Bundestag.»

Annabelle Georgen
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