France

Bientôt un observatoire national français du suicide?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 10.09.2012 à 12 h 45

Dangerous Risk Adrenaline Suicide by Fear of Falling / epSos.de via Flickr CC Licence By

Dangerous Risk Adrenaline Suicide by Fear of Falling / epSos.de via Flickr CC Licence By

Un million de personnes trouve chaque année la mort dans le monde après un suicide. Tel est le bilan global dressé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à la veille de la 10ème édition de la Journée mondiale de prévention du suicide du lundi 10 septembre. «Une personne meurt dans le monde suite à un suicide toutes les 40 secondes environ, soit plus que le nombre combiné des victimes de guerres et d'homicides», indique le rapport de l'Organisation mondiale de la Santé rendu public à cette occasion. Le nombre annuel des tentatives de suicides s’élève quant à lui à 20 millions de tentatives par an. Selon l’OMS environ 5% des personnes dans le monde font une tentative de suicide au moins une fois dans leur vie.

Et ce problème va s'aggravant. «Le suicide est devenu un problème de santé majeur pour l'OMS, a indiqué vendredi 7 septembre le Dr Shekhar Saxena, en présentant ce rapport à la presse à Genève. Le suicide est une des grandes causes de décès dans le monde, et durant les dernières années, son taux a augmenté de 60% dans certains pays.» Le suicide est aujourd’hui la deuxième cause de décès dans le monde chez les adolescents de 15 à 19 ans. Mais il atteint aussi des taux élevés chez les personnes âgées.

L'OMS observe qu'il y a trois fois plus de suicides (réussis) chez les hommes que chez les femmes, et ce quels que soient les classes d'âge et les pays considérés. L'organisation onusienne relève encore que les taux de suicide particulièrement élevés dans les pays d'Europe de l'est, comme la Lituanie ou la Russie. Les taux les plus bas se situent en Amérique centrale et du Sud, le Pérou, le Mexique, le Brésil ou la Colombie. Aucune statistique n’existe pour de nombreux pays africains et certains pays d'Asie du sud-est.

En France, la Journée mondiale du 10 septembre a été précédée par le lancement d’un appel en faveur de «la création d'un observatoire des suicides». Les responsables de cette initiative estiment qu’il s’agit là d’une «urgence» afin de mieux recenser et prévenir ces actes, en hausse du fait de la crise et de la montée du chômage. Ce phénomène semble également se développer en Grande-Bretagne comme dans plusieurs pays de l’Union européenne.

«La France manque avant tout d'une meilleure connaissance du suicide: on ne sait rien des suicides liés à la crise, on ne connaît pas le nombre de suicides chez les agriculteurs, dans l'enseignement, chez les salariés, affirme le Pr Michel Debout, spécialiste de psychiatrie et de médecine légale, ancien président de l'association France prévention suicide. Il est urgent de connaître pour agir au niveau de la prévention. En trois ans, avec 648.500 chômeurs de plus, on estime à 10.780 le nombre de suicidants supplémentaires et à 750 morts de plus.» Un calcul qu’il qualifie lui-même d’«approximatif», faute précisément de données.

L’appel est soutenu par une quarantaine de médecins, de chercheurs, de syndicalistes et d’intellectuels, parmi lesquels Boris Cyrulnik et Vincent Cespedes. Une rencontre est prévue le 12 septembre avec l'équipe de Jean-Marc Ayrault, selon Claude Delgène, un des signataires de l'appel et directeur de Technologia, cabinet de prévention des risques professionnels. Selon l’Institut de veille sanitaire une mort sur cinquante est due à un suicide en France métropolitaine avec une sous-estimation de près de 10%: suicides maquillés en accidents, protection de la famille, préventions religieuses, non-déclaration à l'assurance. 

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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