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Antisémitisme: deux agressions ravivent le débat en Allemagne

Annabelle Georgen, mis à jour le 09.09.2012 à 11 h 16

REUTERS/Ronen Zvulun

REUTERS/Ronen Zvulun

L'agression d'un rabbin fin août à Berlin, frappé par quatre jeunes d'origine arabe sous les yeux de sa fillette, et quelques jours plus tard celle d'un groupe d'adolescents juifs, insultés et menacés sur le chemin de l'école par des jeunes eux aussi d'origine arabe, remet le problème de l'antisémitisme en Allemagne au cœur du débat.

Interviewé par le quotidien bavarois Nürnberger Zeitung, le rabbin victime de l'agression, Daniel Alter, évoque l'existence de no-go areas en Allemagne, dans lesquelles il met en garde les membres de la communauté juive de se rendre:

«Il y a des zones dans lesquelles les membres de certaines minorités ne devraient mieux pas se rendre –là où je peux relativement dissimuler ma judéité, un noir ne peut pas cacher la couleur de sa peau. Dans ces régions –que nous pouvons appeler sans crainte des no-go-areas– une partie de mes droits fondamentaux m'est refusée en tant que juif –et ce non pas par l'Etat et la société, mais par des sous-cultures. […] A côté de la société civile démocratique, des structures qui définissent leurs propres règles et qui les imposent dans leur territoire, dans leur quartier, ont fait leur apparition en Allemagne. Dans un périmètre défini, elles ont subtilisé à l'Etat le monopole de la violence.»

A Berlin, où les deux agressions ont été commises, le sénateur de l'Intérieur Frank Henkel (CDU) a affirmé au quotidien Morgenpost que le combat contre l'antisémitisme reste une priorité, ajoutant:

«C'est une grande préoccupation pour moi que la diversité soit préservée dans notre ville et qu'une telle idéologie disparaisse des mentalités.»

Le quotidien berlinois Tageszeitung se demande s'il ne faut voir dans ces deux agressions que des cas particuliers ou au contraire le signe d'une montée de l'antisémitisme:

«Deux attaques en l'espace d'une semaine et ce dans un pays dans lequel il y a seulement six décennies les juifs ont été éradiqués. Est-ce que les juifs doivent à nouveau avoir peur dans les rues allemandes?»

Les statistiques tendent à prouver le contraire: le nombre d'agressions commises contre des juifs a baissé de 2,3% en 2011 en Allemagne par rapport à l'année précédente. Au premier semestre 2012, treize cas d'agressions ont été recensés, parmi lesquels onze étaient imputables à des extrémistes de droite.

Selon le spécialiste de l'islam Michael Kiefer, on ne peut pas parler aujourd'hui d'une montée de l'antisémitisme chez les musulmans allemands. Selon lui, la haine des juifs s'affiche particulièrement lors des phases pendant lesquelles le conflit israëlo-palestinien s'intensifie.

Interrogé par le Tageszeitung, Ali Kizilkaya, représentant du Conseil de coordination des musulmans, a condamné ces violences:

«La violence et l'apologie de la violence est quelque chose de scandaleux. Il y a malheureusement aussi des musulmans qui n'en tiennent pas compte. C'est pourquoi nous devons nous engager ensemble de façon encore plus soutenue contre toutes les formes d'hostilité à l'égard des êtres humains, c'est-à-dire contre le racisme, l'antisémitisme et l'islamophobie.»

Annabelle Georgen
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