Monde

Données personnelles: le business juteux des mairies allemandes

Annabelle Georgen, mis à jour le 09.09.2012 à 14 h 52

Casino Royale / prayitno via FlickrCC Licence by

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En Allemagne, où la loi autorise les villes à vendre les coordonnées de leurs habitants aux particuliers et aux entreprises, de nombreuses mairies en profitent pour s'enrichir sur le dos de leurs administrés. Un marché florissant qui rapporte plus de 12 millions d'euros annuels aux grandes villes allemandes, révèle le Spiegel, qui s'est procuré les comptes des trois dernières années de 28 municipalités.

L'étude de ces documents révèle qu'en 2011, ces 28 villes, parmi lesquelles Berlin, Hambourg et Munich, ont transmis plus de 4,5 millions de données personnelles, telles que les noms, prénoms, titres universitaires et adresses postales de leurs habitants. D'après les estimations du journaliste Konrad Lischka, ce commerce concernerait plus de 21 millions de données à l'échelle de l'Allemagne, soit 56,4 millions d'euros.

Les mairies les plus mercantiles sont celles de Karlsruhe, Hanovre et Magdebourg, tandis que celles de Braunschweig, Nuremberg et Hambourg font partie de celles qui communiquent le moins de données personnelles. D'autres villes ont un fonctionnement très opaque, leurs registres mentionnant seulement le nombre de leurs clients, d'autres se refusent même à communiquer leur chiffre d'affaires. D'après les informations transmises par d'autres mairies plus transparentes, la plupart des clients qui achètent ce type de données sont les avocats, les entreprises de recouvrement, les caisses de maladie ou encore les entreprises du bâtiment.

Dans un pays où le débat sur la protection des données personnelles est particulièrement vif, ces révélations risquent fort de relancer la polémique autour du privilège accordé aux mairies par la loi dite Meldegesetz, alors que dans tous les autres domaines de la vie publique, la loi allemande sur la protection des données dispose que:

«Qui exploite, transmet ou vend des données relatives à des personnes doit obtenir l'autorisation explicite des personnes concernées.»

A l'heure actuelle, c'est donc aux administrés eux-mêmes de compléter et d'envoyer un formulaire d'opposition à leur mairie s'ils ne veulent pas que celle-ci fasse commerce de leurs données auprès des entreprises.

Cette disposition, adoptée en catimini en juin dernier, sur les bancs désertés du Bundestag, pendant la demi-finale Allemagne-Italie de l'Euro 2012, comme le rappelle le quotidien Hamburger Abendblatt, doit être à nouveau discutée le 21 septembre prochain, après que plusieurs partis politiques sont montés au créneau, à l'instar d'Andreas Breitner, ministre de l'Intérieur du Land de Schleswig-Holstein, cité par le Hamburger Abendblatt:

«Les registres d'Etat des déclarations domiciliaires ne doivent pas être les étals discount des publicitaires et des vendeurs d'adresses.»

Annabelle Georgen
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