Monde

Allemagne: les musulmans outrés par une campagne contre la radicalisation

Annabelle Georgen, mis à jour le 06.09.2012 à 10 h 45

Capture d'écran montrant la campagne d'affichage de l'Office fédéral allemand de la migration et des réfugiés,

Capture d'écran montrant la campagne d'affichage de l'Office fédéral allemand de la migration et des réfugiés,

«DISPARU. C'est mon frère Hassan. Il me manque, parce que je ne le reconnais plus. Il se replie de plus en plus sur lui-même et chaque jour il devient plus radical. J'ai peur de le perdre totalement — chez les fanatiques religieux et les groupuscules terroristes. S'il t'arrive la même chose que moi, contacte le Centre d'écoute radicalisation au 09...» 

Avec cette campagne d'affichage lancée fin août, quatre visuels façon avis de recherche, sur lesquels s'étalent les portraits souriants des jeunes Hassan, Fatima, Ahmad et Tim, l'Office fédéral allemand de la migration et des réfugiés, placé sous la tutelle du ministère de l'Intérieur, voulait frapper fort. C'est chose faite, rapporte l'hebdomadaire hambourgeois Zeit, la diffusion des affiches ayant déclenché une polémique au sein de la communauté turque allemande.

«Nous craignons que par le biais de cette campagne d'affichage les musulmans soient stigmatisés au sein de la population, que la pratique de la dénonciation soit confortée et que les préjugés envers les musulmans s'intensifient», déclarent dans une lettre ouverte plusieurs fédérations musulmanes allemandes, qui ont mis fin à leur travail de coopération avec l'Office fédéral allemand de la migration et des réfugiés en signe de protestation. Elles se sont également tournées vers la communauté internationale, appelant l'ONU et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe à condamner la campagne.

Pour le spécialiste de l'islam Bülent Ucar, interrogé par le quotidien Welt, le message délivré par cette campagne est le suivant: «N'aie confiance en aucun musulman. Derrière chaque musulman pourrait se cacher un radical».

La scène politique allemande n'a pas tardé à prendre position, les Verts et les libéraux (FDP) demandant l'arrêt de la campagne. Claudia Roth, co-présidente du parti écologiste, s'est élevée contre ce qu'elle considère comme «une preuve supplémentaire du manque de sensibilité et de compréhension du ministre de l'Intérieur par rapport à la réalité d'un pays d'immigration».

Face à ces critiques, le gouvernement allemand reste sur ses positions, le ministre de l'Intérieur Hans-Peter Friedrich (CSU, branche bavaroise de la CDU) ayant fait savoir via un de ses porte-parole qu'il est «disposé à poursuivre la discussion» mais que la campagne ne serait pas retirée.

Annabelle Georgen
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