Monde

Grève chez Lufthansa: le blues de l'hôtesse de l'air

Annabelle Georgen, mis à jour le 04.09.2012 à 16 h 25

ANA air stewardess/Nocturne via Flickr CC License by

ANA air stewardess/Nocturne via Flickr CC License by

Alors que la Lufthansa est en plein conflit social, stewards et hôtesses de l'air réclamant des hausses de salaires et ont reconduit leur grève ce mardi 4 septembre, la journaliste Carola Sonnet raconte dans les colonnes du Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) son expérience d'hôtesse de l'air dans la compagnie aérienne allemande, pour laquelle elle a travaillé pendant un an afin de financer ses études.

Alors qu'elle s'imaginait, comme tant d'autres, être payée pour voyager autour du globe, dormir dans les plus beaux hôtels et partir à la découverte des autres cultures, la journaliste allemande a rapidement déchanté: les années dorées étaient déjà terminées quand elle a pris son service. Elle écrit:

«Les collègues aimaient raconter comment, autrefois, elles avaient des séjours d'une semaine à Bangkok et au Cap. Beaucoup d'entre elles possédaient une deuxième maison là-bas, parce qu'elles pouvaient demander à refaire toujours le même trajet si elles passaient suffisamment de temps sur place. Elles avaient fait la connaissance d'acteurs, étaient sorties avec des millionnaires. Nous, au contraire, nous avions un vol de onze heures jusqu'au Japon, nous passions ensuite encore une heure dans le bus jusqu'à l'hôtel, et devions essayer de rester éveillées ou bien de ne pas passer plus de deux heures au lit. Parce que nous repartions seulement 24 heures plus tard. Celle qui s'endormait à l'arrivée se retrouvait à passer la nuit éveillée avant un vol retour de 12 heures».

Le job de rêve est particulièrement décevant pour les débutantes, dont le salaire avoisinait, au début des années 2000, 1.533 euros bruts mensuels, assorti d'une prime de 16,3%. Alors que les hôtesses de l'air expérimentées – qui pouvaient gagner à l’époque jusqu'à 4.000 euros par mois – travaillent en général en business class, les nouvelles recrues sont affectées à la classe économique, «où nous devions vérifier toutes les demi-heures si quelqu'un fumait dans les toilettes. […] Il n'y avait rien de plus dangereux qu'un feu à bord en plein milieu de l'Atlantique ».

L'ancienne hôtesse de l'air évoque également la paranoïa qui régnait dans les avions peu après les attentats du 11 septembre 2001, où «chaque passager barbu qui se rapprochait des toilettes situées près du cockpit étaient regardé d'un air soupçonneux, y compris par l’équipage», entraîné dès lors à déjouer les attaques.

Mais celles auxquelles le personnel était confronté au quotidien étaient plutôt de nature verbale, Carola Sonnet se souvenant d'«un jeune homme qui visiblement avait peur de prendre l'avion, et qui pour cette raison commandait bloody mary sur bloody mary et était de plus en plus impoli quand nous refusions de lui en offrir.»

Le pompon? Un client fidèle de la classe affaires, «grosses lunettes, gros nez, gros ventre»:

«Il était visiblement si impressionné qu'il a agrippé ma main quand je lui ai tendu le verre de jus d'orange. […] J'aurais certainement oublié si je n'avais pas reçu une lettre de lui une semaine plus tard, chez moi. Du genre: quand allons-nous enfin nous revoir, je ne peux pas vous oublier. Et c'est bientôt votre anniversaire... Comment est-il parvenu à obtenir mon adresse personnelle, personne n'a pu (ou n'a voulu) me dire à la Lufthansa. Parce qu'à ce moment-là, j'avais déjà annoncé ma démission – pour devenir journaliste.»

Annabelle Georgen
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Journaliste
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