Monde

La Syrie, terrain d'entraînement potentiel pour de futurs terroristes français

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 03.09.2012 à 10 h 03

Rebelles syriens à Alep. REUTERS/Goran Tomasevic -

Rebelles syriens à Alep. REUTERS/Goran Tomasevic -

Des officiels des organisations antiterroristes françaises se sont confiés à Time Magazine: ils craignent que la Syrie, en pleine guerre civile, ne devienne un aimant pour les extrémistes français souhaitant rejoindre le djihad.

Plusieurs sources officielles ne pouvant être citées ont précisé:

«Un nombre signifiant de jeunes Français se sont rendus en Turquie pour ensuite aller combattre en Syrie. Dans un cas, un groupe d'une demi-douzaine de jeunes hommes avaient d'abord nourri leur appétit pour l'islam radical sur Internet. Ils étaient ensuite parvenus dans des camps de réfugiés syriens le long de la frontière turque, pour obtenir des informations et prendre contact avec les forces rebelles. Puis ils avaient enfin voyagé à l'intérieur de la Syrie, pour rejoindre l'un des nombreux groupes formés par les djihadistes étrangers, selon l'un des hommes français du groupe, qui s'est rétracté, est rentré chez lui [en France] et a été interrogé par les autorités qui avaient pris connaissance du voyage.»

La diversité de l'opposition syrienne

La difficulté de la situation, explique le Time, est que parmi les rebelles voulant faire tomber Bachar el-Assad, il y a des islamistes et des non-islamistes.

La composition de l'opposition syrienne est très variée, comme l'expliquait dans Le Monde Nora Benkorich, doctorante à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS):

«L'opposition intérieure, tout comme l'opposition extérieure, n'a pas été épargnée par les désaccords stratégiques et les divergences politiques. Il existe aujourd'hui à l'intérieur du pays de nombreuses coordinations locales (représentant un ou plusieurs quartiers, une ville ou une région) qui se sont agrégées autour de cinq formations.»

Ces formations vont de la commission générale de la révolution syrienne (CGRS), «qui se revendique d'un héritage spirituel, culturel et éthique islamique» aux  djihadistes du Front Al-Nusra (FN), «qui se présente comme le pendant syrien d'al-Qaida», selon Nora Benkorich.

L'urgence de voir Bachar partir

Mais pour l'instant personne ne commet d'attentat terroriste islamiste, selon le Time. Si les autorités connaissent leur mouvance et leurs aspirations, il est néanmoins impossible à l'heure actuelle de leur reprocher (ou aux Francçais les ayant rejoint) de se battre contre un dictateur dont la majorité de la communauté internationale (et notamment la France) dit officiellement souhaiter le départ.

«La raison pour laquelle on ne peut pas accuser les gens souhaitant se battre en Syria de faits liés au terrorisme, c'est que pour l'instant,  les islamistes n'ont pas encore commencé à y utiliser la terreur, et ne voient pas encore l'intérêt d'exploiter le conflit pour exporter des activités terroristes dans les nations européennes anti-Assad, explique une source. S'ils ont assez de temps, cela pourrait changer. Nous espérons très fort que les combats seront terminés avant que cela n'arrive.»

L'érosion du régime d'Assad qui s'est accélérée depuis quelques mois est donc le seul motif d'optimisme. Comme nous l'expliquions sur Slate en juillet dernier:

«Les troupes syriennes ont peut-être reconquis les cendres de Douma, mais le délabrement de l'armée est patent. Les casernes se vident de leurs soldats, mais ce sont surtout les désertions au sein de l'état-major qui multiplient, comme celle du Général de brigade Manaf Tlass, ancien ami intime du Président Bachar el-Assad, et qui a révélé quel genre de séisme frappe actuellement les premiers cercles du pouvoir.»

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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