Monde

La grève du sexe fonctionne-t-elle?

Slate.com, mis à jour le 28.08.2012 à 11 h 31

crossing legs / Alberto Bondoni Photographer via Flickr CC License by.

crossing legs / Alberto Bondoni Photographer via Flickr CC License by.

Un groupe de défense des droits civiques au Togo exhorte les femmes à participer à une grève du sexe d'une semaine pour faire pression sur les hommes du pays afin de pousser le président à démissionner. Ce genre de démarche a-t-il déjà fonctionné?

Oui, mais surtout comme moyen de retenir l'attention des médias. Le groupe togolais cite comme inspiration une grève organisée en 2003 par les femmes d’un groupe de paix afin d'encourager la fin de la seconde guerre civile libérienne. L'effort a été relaté dans un documentaire en 2008, Pray The Devil Back To Hell.

Women of Liberia Mass Action for Peace a impulsé la fin de la guerre, mais ses tactiques étaient plus compliquées qu'une simple grève du sexe: elles ont également organisé des sit-ins et des manifestations de masse, qui étaient sans doute beaucoup plus efficaces. Leymah Gbowee, leader du groupe, a écrit dans ses mémoires que la grève du sexe, qui dura de longs mois, n’a eu que peu ou pas d'effet concret, mais qu'elle a été extrêmement utile pour obtenir l'attention des médias:

«Jusqu'à aujourd'hui, près de dix ans plus tard, quand je parle de Mass Action, "Qu'en est-il de la grève du sexe?" est la première question que tout le monde pose.»

En général, les grèves du sexe, connues dans les milieux militants comme des «Lysistratic nonaction», un clin d'œil à l’ancienne comédie grecque d’Aristophane, semblent avoir plus de succès quand les femmes concernées ont peu d'autonomie économique, quand leurs demandes sont précises et réalistes et quand elles possèdent la force du nombre.

Dans la petite ville rurale philippine de Dado, l’an dernier, des femmes appartenant à un collectif de couture ont mis un terme avec succès à la violence sur la voie reliant la ville à un marché régional en refusant de coucher avec leurs maris pendant une semaine.

En une grève du sexe de quatre mois, 300 femmes de la ville colombienne de Barbacoas ont réussi l'an dernier à ce que les autorités locales leur promettent d'améliorer les routes menant à la ville la plus proche (en revanche, une très médiatisée grève du sexe des petites amies de gangsters dans une région violente de Colombie en vue d'obtenir la fin de la violence avait été annulée après 10 jours en 2006).

Les grèves du sexe récentes dans les pays occidentaux ont été infructueuses. Un appel à une grève du sexe par un sénateur belge pour mettre fin à une impasse politique l'an dernier a été largement rapporté et prise au sérieux, mais il s'est avéré être une blague. Et un appel similaire au second degré ce printemps par un groupe de femmes progressistes pour une grève du sexe en faveur des droits reproductifs n'a guère contribué à apaiser les querelles politiques liées à l’avortement et la contraception aux Etats-Unis.

L.V. Anderson

Traduit par Ludivine Olives

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