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Téléchargement illégal: des avocats veulent publier les noms des amateurs de porno

Annabelle Georgen, mis à jour le 08.04.2013 à 16 h 47

Spring 2012 Student Hackathon Coding par hackNY via Flickr, License CC

Spring 2012 Student Hackathon Coding par hackNY via Flickr, License CC

Un cabinet d'avocats allemand chargé de la défense des intérêts d'industriels du porno fait beaucoup parler de lui depuis qu'il menace de publier sur son site une liste d'internautes ayant téléchargé ou partagé illégalement des films X sur internet, annonce le quotidien berlinois Welt.

Spécialisé dans l'envoi de mises en demeure, le cabinet Urmann + Collegen a trouvé là un nouveau moyen de pression pour inciter ceux qui refusent de payer leurs amendes au motif qu'ils ne seraient pas les auteurs des faits reprochés, et s'engagent à leur tour dans une procédure juridique pour attester de leur innocence.

Pour publier cette liste, Urmann + Collegen se basent sur une décision de justice rendue en 2007 par le Tribunal constitutionnel fédéral, qui autorise les cabinets d'avocats à publier la liste de leurs adversaires pour faire de la publicité. Mais cette interprétation fait débat chez les experts:

«Dans la décision qui est citée, il s'agit de la mention de personnes juridiques et d'entreprises dans ce type de listes d'adversaires, pas des utilisateurs», estime par exemple Jens Ferner, membre du cabinet d'avocats Ferner/Alsdorf, spécialisé dans le droit de l'informatique.

Ceux qui téléchargent illégalement des films pornos sont déjà nettement plus nombreux à régler leurs amendes par rapport à ceux qui téléchargent des fichiers musicaux, la honte d'être découvert par le partenaire ou l'entourage incitant près d'un tiers des premiers à mettre la main à la poche sans faire d'histoires, explique le Welt.

Il est d'ailleurs à parier que parmi les 150 000 personnes figurant sur cette liste, un certain nombre d'entre elles vont s'acquitter de leur dû dans les prochains jours, par peur d'être démasquées. D'autant plus que parmi elles figureraient des policiers, des membres du clergé ainsi que des ambassadeurs de pays arabes, selon des informations publiées par l'hebdomadaire local Wochenblatt, basé à Ratisbonne, la ville dans laquelle se trouve le cabinet d'avocats.

Au-delà de cette affaire, ces pratiques lèvent le voile sur un marché juteux qui est en train d'exploser, comme l'écrit le Welt:

«Au regard du succès de l'offre gratuite sur internet et de la chute des prix qu'il induit dans le secteur érotique online, quelques entreprises ont découvert dans les mises en demeure un modèle commercial en soi: elles mettent des films en ligne sur le Net, les cherchent ensuite sur les plateformes d'échanges et gagnent des millions avec les mises en demeure. »

Ces méthodes ne sont pas inédites. Déjà depuis 2009, comme l'explique le Tag Parfait dans un article de cet été, le producteur anglais Benjamin Dover est en guerre contre le téléchargement illégal:

«Ce chic type s’échine plus à attraper les pirates qui téléchargent ses films qu’à réaliser du bon porno. Il a d’abord envoyé des lettres de demande de dédommagement sans autorisation, du genre “coucou c’est moi le mec qui te fournit ton support masturbatoire. Tu dois me payer sinon j’entame une procédure judiciaire et tout le monde saura que tu aimes le porn".»

Le producteur a obtenu grâce à une procédure judiciaire les noms de 9124 fraudeurs concernés. Le Tag parfait prévient:

«Des courriers ne vont pas tarder à être envoyés aux adresses en question, provoquant probablement un beau bordel dans la douce Albion.»

 

 
Annabelle Georgen
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