Culture

Pourquoi il faut défendre les films de Tony Scott

Temps de lecture : 2 min

Tom Cruise dans «Top Gun».
Tom Cruise dans «Top Gun».

«Honte», «morgue symptomatique», «incurie», «hypocrisie», «snobisme rance»: le site du magazine Ecran Large critique en termes sévères la couverture qu’ont faite deux de ses confrères du suicide du réalisateur Tony Scott, dimanche.

En l’occurrence, L’Express et Télérama, le premier nommé, tout en défendant certains des films du cinéaste américain, appelant à ne pas «donner trop d'importance à un réalisateur qui ne débordait pas de talent» et à ne «pas jouer les hypocrites affligés», le second lâchant que les films de Scott, ou plutôt ses «énormes bouses boursouflées», ne «sont pas meilleurs depuis qu'il s'est jeté dans les eaux du port de Los Angeles depuis le pont Vincent Thomas». Avant d’avancer une explication psychologisante hâtive de son suicide:

«Que Tony Scott ait durablement souffert de la comparaison avec son frère aîné, le beaucoup plus doué Ridley Scott (réalisateur d'Alien, Gladiator ou Prometheus) est indéniable. Cette concurrence fraternelle explique, sans doute, en partie, sa dramatique disparition.»

Ecran Large voit de son côté dans l'œuvre de Tony Scott des «emblèmes et avatars [qui] ont émigré dans toute la pop-culture» et estime que «peu de metteurs en scène contemporains (et certainement pas son frère en dépit d'une carrière entamée par trois chefs d'œuvres) se seront efforcés de travailler la texture de l'image, sa tessiture, sa composition, jusqu'à l'amener à un degré de richesse frôlant la saturation».

A noter que d’autres nécrologies de la presse «cinéphile» se sont avérées plus positives que celles de Télérama et L'Express. Libération a par exemple déploré que les détracteurs de Tony Scott n'aient «su voir en ses derniers films ni l’hallucinée qualité d’invention plastique ni l’acuité du monde contemporain contenue dans sa fascination de la vitesse et du trouble des images» et estimé que «tout comme il existe de subtils idiots, l’artillerie lourde a ses génies».

Les Inrockuptibles, eux, faisaient l'éloge d'un «virtuose du blockbuster [...] qu’on affectionnait d’autant plus qu’il était décrié». Quant à Télérama, de son côté, il a publié une journée plus tard un article intitulé «Neuf raisons pour lesquelles on peut quand même aimer Top Gun»...

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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