«Comment Paris tue l'industrie française»

«Comment Paris tue l'industrie française». L'article du magazine allemand de référence Der Spiegel n'y va pas avec le dos du capot des Mercedes. En prenant pour point de départ de leur démonstration la fermeture annoncée de l'usine Peugeot d'Aulnay-sous-bois, les journalistes signataires de l'enquête expliquent comment seon eux le plan social du constructeur français est le symbole de tous les maux de la politique industrielle française.

D'ailleurs écrivent-ils, «pour le gouvernement, le combat autour d'Aulnay va au-delà de cette seule usine. La crédibilité du chef de l'Etat est en jeu, surtout après qu'il a fait campagne sur la remise en état de marche de l'appareil industriel». Voire plus que ça: si l'Etat français n'est pas au capital de Peugeot, la compagnie n'en est pas moins aux yeux du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg «un élément de l'histoire de France, du territoire, de l'idée de Nation».

La France reste une grande puissance industrielle, rappelle Der Spiegel, citant les exemples de Peugeot et de Renault, du groupe pharmaceutique Sanofi, du puissant constructeur de train et de centrales électriques Alstom ou du fabricant de matériel de défense Thales. Mais s'il reste des joyaux industriels dans le pays, la France a perdu de son lustre, ou pour parler comme les économistes, de sa compétitivité.

Les politiques suivies depuis des décennies en prennent pour leur grade, qu'elles soient le fait de gouvernements socialistes ou conservateurs. Notamment Nicolas Sarkozy. «Paris est généreux en subvention avec ses compagnies nationales, du moment qu'elles restent loyales au marché français», note le Spiegel dans sa version anglaise.

Il suffit de se souvenir comment Nicolas Sarkozy s'était mis en colère après la décision de Renault, en 2009, de délocaliser la production de la Clio en Turquie, ou celle de Peugeot de transférer des chaînes de montage en République tchèque. «Qu'on crée une usine Renault en Inde pour vendre des Renault aux Indiens est justifié, mais qu'on crée une usine en Tchéquie pour vendre des voitures en France, ce n'est pas justifié», avait dit Nicolas Sarkozy en 2009.

Ce colbertisme n'a pas permis prédécesseur de François Hollande de stopper l'hémorragie des usines et des emplois industriels. Le nombre d'emplois dans l'industrie automobile a chuté en trente ans en France mais il n'y avait rien d'inévitable juge le magazine allemand. «En Allemagne en revanche, Volkswagen, Daimler et BMW emploient désormais plus de monde qu'ils ne le faisaient il y a 30 ans».

Outre la politique industrielle, les responsables du malaise industriel français —qui a tranformé les innovations françaises comme la DS ou la 2CV en nostalgie— sont à chercher du côté des syndicats qui ont obtenu avec le soutien du gouvernement, de «coupables augmentations de salaire». Entre 2000 et 2010, le coût du travail dans l'industrie automobile française a augmenté de 8%, contre 1,6% en Allemagne.

Les auteurs trouvent «ironique que les victimes de cette politique — maintien à tout prix de la production en France et augmentation des salaires— sont ceux dont la cause est défendu par les champions de ces politiques, les gouvernements et les syndicats. Que faire? Peugeot a besoin de capital pour construire et s'étendre en Chine, en Inde et au Brésil. Si le constructeur doit conserver Aulnay, elle continuera à y perdre de l'argent, celui-là même nécessaire à sa survie qui passe par l'investissement dans les marchés émergents.»

Le cas Peugeot, conclut le Spiegel, montre bien qu'il est plus que temps de «changer de politique industrielle française.» Mais il n'y en a aucune en vue, note le magazine, qui cite Arnaud Montebourg: «Nous nous battrons juqu'à la mort pour notre tissu industriel».  Et la mort pourrait être en sortie de virage conclut le Spiegel.

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