Monde

Turcs allemands, la nouvelle tentation du repli sur soi

, mis à jour le 18.08.2012 à 15 h 27

La mosquée Merkez à Duisburg, REUTERS/Ina Fassbender

La mosquée Merkez à Duisburg, REUTERS/Ina Fassbender

Ankara, Antalya, Izmir et Istanbul à la place de Berlin, Cologne, Hambourg et Duisbourg. Plus de cinquante ans après l'arrivée des premiers «travailleurs invités», comme on les appelait en Allemagne, de plus en plus de Turcs allemands rêvent de revenir en Turquie, selon un sondage de l'institut de recherche berlinois Info GmbH, auquel le Spiegel consacre un article.

45% des sondés déclarent prévoir de rentrer en Turquie, soit 3% de plus que l'an dernier. Mais plus de la moitié d'entre eux ne souhaitent quitter l'Allemagne que lorqu'ils seront à la retraite. Seuls 6% veulent aller en Turquie pour y trouver un travail.

Deux des résultats du sondage sont particulièrement inquiétants. D'une part l'intolérance à l'égard des autres religions est en train d'augmenter. 72% des personnes interrogées pour cette étude déclarent ainsi que l'islam est «la seule religion qui soit vraie», soit 3% de plus par rapport à l'an dernier. 18% d'entre eux considèrent que les juifs sont des «êtres inférieurs» (contre 14% en 2010), 8% pensent la même chose au sujet des chrétiens et 25% au sujet des athées. La part de musulmans qui souhaitent qu'il y ait un jour plus de musulmans que de chrétiens en Allemagne a également beaucoup augmenté, passant de 33 à 46%.

«La génération la plus jeune fait preuve de points de vue plus radicaux sur les aspects religieux par rapport aux autres», note Holger Liljeberg, directeur de l'institut Info GmbH, cité sur le quotidien Welt.

D'autre part, le nombre de sondés qui déclarent avoir été agressés physiquement en raison de leurs origines turques a doublé par rapport à l'an dernier, grimpant de 8 à 16%. Plus de la moitié des jeunes entre 15 et 29 ans ont également déclaré s'être déjà fait insulter en raison de leur appartenance à la communauté turque.

«Les résultats de cette étude sont symboliques d'une tendance de fond: certes, le nombre de Turcs qui veulent s'intégrer sans «si» et sans «mais» a augmenté ces dernières années —mais ce n'est qu'une facette de la réalité. Parce que d'un autre côté, selon l'étude, la propension à vouloir se renfermer sur soi-même est en train d'augmenter chez certains», note le Spiegel.

Le nombre de Turcs qui disent qu'ils préfèreraient vivre seulement entre Turcs est ainsi monté de 8 à 15% par rapport à 2010. Mais seuls 8% des sondés (contre 15% l'an dernier) estiment que «le mieux serait qu'il y ait des écoles primaires totalement turques pour les enfants d'origine turque, qui ne seraient pas fréquentées par d'autres migrants ou des Allemands».

Des parents d'élèves turcs d'une école primaire de Kreuzberg, un quartier de Berlin où de nombreux Turcs ont élu domicile dans les années 1960, viennent d'ailleurs d'obtenir que la composition des classes soit renouvelée, après avoir dénoncé auprès des autorités le fait que l'une des six classes que compte l'établissement était uniquement composée d'enfants d'origine étrangère, tandis qu'une autre comportait 85% d'enfants allemands, rapporte le quotidien berlinois Tagesspiegel.

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