France

Les bonnes feuilles de «Rien ne se passe comme prévu», le livre de Laurent Binet sur François Hollande

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 16.08.2012 à 15 h 51

détail de la couverture de «Rien ne se passe comme prévu» (Grasset).

détail de la couverture de «Rien ne se passe comme prévu» (Grasset).

«Hollande côté coulisses». Le Nouvel Observateur publie cette semaine sous ce titre les bonnes feuilles de Rien ne se passe comme prévu, le livre du romancier Laurent Binet sur la campagne victorieuse du candidat socialiste, qui sort le 22 août aux éditions Grasset.

Entamé avant la primaire grâce à l’intercession de Valérie Trierweiler (qui avait interviewé Laurent Binet pour HHhH, son remarqué roman sur le chef de la Gestapo Reinhard Heydrich), cet ouvrage «entre autofiction et minimalisme», selon l’hebdomadaire, donne «à la normalité sa dimension littéraire».

Laurent Binet, qui bénéficiait selon Europe 1 d’un «statut à part» dans la caravane des suiveurs de François Hollande, explique dans un entretien que «[son] but était moins de faire un portrait de Hollande que le récit de la campagne, avec ses seconds rôles et ses figurants» et que son livre se veut moins solennel que celui de Yasmina Reza sur la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy (L’Aube, le soir ou la nuit).

Et voit le nouveau président de la République comme «une formidable machine de guerre, qui était configurée de façon optimale pour atteindre son but» et qui, sous sa façade d’homme normal, l’a d’ailleurs intimidé («A force de se présidentialiser, il m’intimide, ce con!», écrit-il dans un extrait où il raconte un trajet silencieux en voiture avec le candidat et Valérie Trierweiler).

Plutôt qu’un homme normal, le nouveau député Malek Boutih décrit lui Hollande à l’auteur comme un «mystère» dans un des extraits publiés par Le Nouvel Observateur:

«Il n’existe pas, il s’est déjà complètement dépersonnalisé pour incarner la fonction. […] C’est celui qu’on appelle "le monsieur" au guichet, […] c’est le mec derrière l’hygiaphone, complètement désincarné.»

Cette machine de guerre mystérieuse, on la suit en campagne, blaguant avec les journalistes («Je vous vois sur Twitter, hein, je sais que vous vous moquez tous de moi»), ricanant le soir du premier tour devant l’ambiance au MoDem ou faisant une moue «dégoûtée» face à une intervention de Jean-François Copé. Brocardant Sarkozy lors d’une intervention télévisée (alors qu’il reproche à Martine Aubry de l’avoir comparé à Madoff et ses «cent quatre-vingt-trois années de prison», le candidat socialiste réplique: «Mais… tu les auras!») ou racontant que ce dernier lui a dit «Bon courage» à la fin de leur débat télévisé du 2 mai.

Quatre jours plus tard, au soir de sa défaite, le président sortant, qu’Hollande aurait selon Binet souvent qualifié de «salopard», appelle son adversaire pour le féliciter et le président élu lâche cruellement à son portraitiste: «Il a parlé de lui, comme d’habitude.»

Quelques minutes plus tard, le romancier décèlera dans les yeux de son sujet une «fierté d’enfant» quand il explique que Barack Obama va lui téléphoner.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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