Monde

Conclusions du procès des Pussy Riots, ou la lutte contre l'oppression étatico-religieuse

Amanda Marcotte, mis à jour le 13.08.2012 à 10 h 38

Nadezhda Tolokonnikova, membre des Pussy Riot, escortée par la police avant une audience à Moscou, le 8 août 2012. REUTERS/Maxim Shemetov

Nadezhda Tolokonnikova, membre des Pussy Riot, escortée par la police avant une audience à Moscou, le 8 août 2012. REUTERS/Maxim Shemetov

Le procès des trois membres de Pussy Riot, le groupe de musique punk russe qui avait fait un happening en chantant une chanson anti-Poutine dans la plus grande église orthodoxe de Moscou, s’est terminé la semaine dernière.

Chacune des membres a pu s’exprimer à la fin de ce procès, et elles en ont profité pour réaffirmer leur opposition à l’état autoritaire et à la façon dont la foi est utilisée pour favoriser l’oppression gouvernementale.

Dans une vidéo et une traduction de ses conclusions dans Business Insider, Nadezhda Tolokonnikova a clairement exposé pourquoi il est nécessaire de s’opposer à toutes les institutions oppressives. Elle a aussi relié ce qui lui arrivait à ce qu’il est arrivé à de nombreuses figures historiques victimes de censures similaires de la part d’autorités sociales et gouvernementales:

«Au fond, ce ne sont pas les trois chanteuses de Pussy Riot qui sont poursuivies ici. Si c’était le cas, ce qui se passe serait totalement trivial. Mais c’est le système étatique entier de la Fédération russe qui est poursuivi et, malheureusement pour lui, il aime profondément être cruel avec des êtres humains, montrer son indifférence à leur honneur et leur dignité, le pire de ce qu’il a pu se produire dans l’histoire russe.

A mon grand regret, ce faux procès se rapproche du niveau des troïkas staliniennes. Nous avons notre enquêteur, notre avocat et notre juge. Et en plus, ce que ces trois personnes disent et font et décident est déterminé par une demande politique de répression. Qui est à blâmer pour notre performance à la Cathédrale de Christ le Sauveur, et pour notre assignation en justice après le concert ? Le système politique autoritaire.

Ce que les Pussy Riot font, c’est de l’art d’opposition ou de la politique inspirée par les formes artistiques établies. C’est une forme d’action civile dans des circonstances où les droits humains de base, les libertés politiques et civiques sont supprimés par le système étatique.»

Pussy Riot a voulu attirer l’attention sur le lien entre oppressions économiques, sexistes, religieuses et étatiques. Que ces femmes aillent en prison ou pas, on peut dire à coup sûr qu’elles ont rempli leur mission.

Comme Jos Truitt –qui a été élevée dans la foi russe orthodoxe– l’explique sur Feministing, des décennies passées sous le joug soviétique peuvent facilement faire que des croyants se sont convaincus que ces femmes faisaient quelque chose de mal avec leur manifestation pacifique. Mais la façon dont tout ce qui a suivi s’est déroulé a clairement montré les autorités religieuses insistant pour obtenir leur punition, ivres de leur pouvoir.

Les différentes tentatives de rationalisation de la persécution des Pussy Riot ont été soigneusement injuriées. Quand Madonna a officiellement soutenu le groupe pendant un concert à Moscou, l’homme politique Dmitry Rogozine a écrit un tweet ou, au lieu de répondre aux arguments de Madonna, il l’a traitée de salope.

Quand on le lui a reproché, il a répondu «Soit tu enlèves ta croix, soit tu mets une culotte.»

Les Pussy Riot se sont inspirées du mouvement punk rock américain des Riot Grrrl, qui cherchait à sortir la théorie féministe de l’université pour la mettre dans la rue. Mais maintenant, ce sont elles qui apprennent au monde comment le faire.

Amanda Marcotte
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