France

Syrie: Laurent Fabius répond à Nicolas Sarkozy

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 09.08.2012 à 16 h 25

Laurent Fabius et Nicolas Sarkozy à la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, le 24 février 2012. REUTERS/Philippe Wojazer.

Laurent Fabius et Nicolas Sarkozy à la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, le 24 février 2012. REUTERS/Philippe Wojazer.

Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, n'apprécie pas l'ingérence de Nicolas Sarkozy dans le dossier syrien. Il le dit dans un entretien à paraître jeudi 9 août dans Le Parisien.

«Je suis étonné que Nicolas Sarkozy souhaite susciter une polémique sur un sujet aussi grave, alors qu'on attendrait autre chose de la part d'un ancien Président».

A l'issue de son entretien mardi 7 août avec Abdel Basset Sayda, le du Conseil national syrien, l'ancien président de la République a évoqué dans un communiqué conjoint «la nécessité d'une action rapide de la communauté internationale pour éviter des massacres».

«Il y a de grandes similitudes avec la crise libyenne», a poursuivi l'ancien Président pour enfoncer le clou. Car la déclaration passe pour une critique implicite mais sévère de la gestion par François Hollande de ce dossier international, alors que la France a pris le 1er août la présidence tournante du Conseil de sécurité de l'ONU. 

Laurent Fabius répond à ces critiques en soulignant que «d'abord, d'un point de vue géostratégique la Syrie est entourée, comme chacun devrait le savoir, de l'Irak, du Liban (avec les conséquences sur Israël), de la Turquie et de la Jordanie». Ensuite la situation militaire de la Syrie, qui «dispose de stocks d'armes importants, notamment chimiques», n'est pas celle de la Libye.

«Les différences sont si manifestes qu'aucun pays n'a demandé ni souhaité une intervention militaire, ce qui n'était pas le cas pour la Libye», affirme Fabius, qui se déclare «surpris qu'on puisse avoir exercé d'importantes responsabilités et livrer une analyse aussi rapide», et reproche également à l'ancien président d'avoir invité Bachar al-Assad à présider les cérémonies du 14 juillet 2008.

Une intervention militaire sous l'égide de l'ONU, que n'exclut pas Hollande, n'est pas envisageable à l'heure actuelle en raison de l'opposition des Russes et des Chinois, deux Etats disposant du droit de véto au Conseil de sécurité.

Si l'ancien président met en avant son action en Libye, il omet de préciser qu'il était en poste jusqu'à mai 2012, alors que la rébellion en Syrie a commencé en mars 2011 et que dès juin l'ONG Human Rights Watch publie un premier rapport évoquant des «crimes contre l'humanité» à propos de la répression dans la ville de Deraa. Le secrétaire général des Nations unies lui-même, Ban Ki-moon, avait en février 2012 estimé que la répression du régime était «presque certainement un crime contre l'humanité».

Comme l'a noté sur Twitter le compte L'Humour de droite, Nicolas Sarkozy affirmait en mars 2012, après avoir annoncé la fermeture de l'ambassade syrienne de la France:

«Mais nous ne ferons rien tant qu'il n'y aura pas une résolution du Conseil de sécurité, il n'est pas question d'agir directement ou indirectement tant que le Conseil de sécurité n'a pas établi la stabilité juridique, les conditions juridiques d'un cran supplémentaire que ce soit les zones humanitaires, les livraisons d'armes pour l'opposition, des corridors»

«Et si, en fait, la sortie de Nicolas Sarkozy avait aussi un but de politique intérieure?», s'interroge RFI dans sa revue de presse. A l'approche du congrès qui désignera en novembre le futur président de l'UMP, Nicolas Sarkozy pourrait vouloir se rappeler au bon souvenir de ses amis et peser dans la bataille.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte