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Le mariage n’a pas été fait pour procréer

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 04.08.2012 à 13 h 09

Un couple homosexuel lors d'une cérémonie de mariage symbolique à Rome, 21 mai 2005, REUTERS/Max Rossi

Un couple homosexuel lors d'une cérémonie de mariage symbolique à Rome, 21 mai 2005, REUTERS/Max Rossi

Les détracteurs du mariage homosexuel utilisent souvent comme argument l’impossibilité pour un couple homosexuel d’avoir ensemble des enfants de façon naturelle, sans assistance médicale et expliquent que le mariage est fait pour procréer. C’est faux, explique au Monde André Burguière, historien, spécialiste de l'histoire sociale, démographique et culturelle de la famille, et auteur de Mariage et l'amour en France. De la Renaissance à la Révolution.

«Comme institution, [le mariage] existe dans toutes les sociétés depuis la plus haute antiquité» rappelle l’historien. Mais ça n’a été longtemps qu’une affaire d’héritages et de gros sous, pas du tout de sacré. Et surtout, le lien entre mariage et procréation existe avant tout «dans la croyance populaire».

«Dans toutes les sociétés, le mariage est l'institution qui admet la reproduction biologique mais surtout une reproduction sociale. Il permet d'avoir un héritier légitime et de lui transmettre son patrimoine. Si l'on se réfère à l'étymologie latine, c'est d'ailleurs l'institution qui permet à la femme de devenir mère. Cette vision perdure dans l'inconscient collectif. Pour beaucoup, une famille, c'est un couple et des enfants.»

Mais ce n’est que depuis le VIe siècle, alors que la peste faisait des ravages, que «la hantise d'un monde dépeuplé est apparue. C'est à ce moment-là que l'Eglise a commencé à charger le mariage d'une fonction reproductrice.»

A tel point qu’au Moyen-Age, certains théologiens s’interrogent sur la question de la validité des mariages célébrés entre deux personnes trop vieilles pour procréer.

«Sont-ils des incitations à la débauche? Pour le théologien [Pierre Le Maître], la réponse est non car, explique-t-il, il existe un autre fondement du mariage, qui est de se " faire société l'un à l'autre ". L'Eglise célèbre alors la dimension conviviale du mariage, considéré comme un remède à la solitude, très redoutée dans une société sans protection sociale. Cette fonction sociale du mariage pourrait être une sorte de fondement lointain de ce que demandent aujourd'hui les homosexuels...»

Le mariage est donc affaire de reconnaissance sociale – si importante que lorsqu’elle manque les tensions qui s’ensuivent sont telles qu’elles engendrent une moins bonne condition médicale des homosexuels auxquels le droit de se marier est dénié.

La légalisation du mariage pour tous améliore en effet les conditions de santé des homosexuels, selon la conclusion d’une récente étude parue dans le American journal of public health. «L’égalité de mariage pourrait améliorer la santé publique en réduisant les cas de maladies liées au stress», a expliqué le docteur Mark Hatzenbuehler, chercheur qui a conduit les travaux.

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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