Monde

L'esclavage au travail est encore une réalité

Pauline Moullot, mis à jour le 03.08.2012 à 11 h 46

Rolling cigars/JamesEmery Via FlickrCC LicenceBy

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Plus de 21 millions de personnes dans le monde seraient victimes de travail forcé, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Le Council of Foreign Relations rapporte qu’un grand nombre de produits fabriqués par des esclaves modernes se retrouvent dans les supermarchés mondiaux.

Pourtant la législation existe: 151 pays ont signé le protocole de l’ONU pour supprimer et punir le trafic d'êtres humains, et 60 pays (sauf les Etats-Unis) ont ratifié la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) dont l’article 99 demande aux Etats de «prendre des mesures effectives pour empêcher et punir le transport d’esclaves dans des bateaux autorisés à naviguer sous leur pavillon».

Dans une enquête de Bloomberg, le reporter Benjamin Skinner révèle en détails le cas d’un bateau de pêcheurs indonésiens naviguant dans les eaux néo-zélandaises sous pavillon coréen. Des entreprises néo-zélandaises ont acheté le poisson, et l’ont ensuite revendu à des distributeurs américains. Poisson qui s’est finalement retrouvé dans les assiettes des consommateurs américains. L’esclavagisme mondialisé.

Un cas avéré d’esclavagisme, où les trafiquants n’ont fait l’objet d’aucune poursuite. Les inspecteurs de l’environnement néo-zélandais ont bien découvert le cas d’esclavagisme mais ont déclaré qu’ils n’étaient pas habilités à l’arrêter.

Benjamin Skinner raconte l’histoire de Yusril, un Indonésien de 27 ans esclave sur ce bateau. En signant son contrat en mars 2011, on lui a expliqué qu’il n’était pas nécessaire de lire le contrat.

«Tu ne peux vraiment pas perdre ton temps à lire cela. Il y a plein d’autres gens qui attendent, et l’avion décolle demain.»

En plus de 225 dollars de commission versés à un agent d’Indah Megah Sari (IMS), l’entreprise qui met en relation les pêcheurs avec les compagnies de pêche, Yusril s’engageait ensuite à reverser 30% de son salaire (de 260 dollars) à IMS et à ne pas être payé pendant les trois premiers mois. Et si son travail n’était pas satisfaisant aux yeux de la compagnie, Yusril était renvoyé chez lui en remboursant 1.000 dollars de billet d’avion. S’il s’échappait, sa famille devrait payer 3.500 dollars.

Une fois sur le bateau, Yusri raconte des scènes de maltraitance où les membres d’équipages frappaient les pêcheurs indonésiens, les attrapaient par les testicules et les forçaient à travailler pendant 30 heures d’affilée en les insultant s’ils demandaient à aller aux toilettes.

Quand l’un des pêcheurs a été blessé, il a été renvoyé chez lui sans aucune indemnisation.

«J’étais un esclave, mais je suis devenu inutile pour les Coréens, donc ils m’ont renvoyé chez moi sans rien

En 2011, Interpol n’a arrêté qu’une seule opération d’esclavagisme dans le monde. 166 enfants ghanéens de cinq à dix-sept ans forcés de travailler sur des bateaux de pêche dans le lac Volta ont été secourus. Ce qui équivaut à 0,0000079% des victimes de travail forcé dans le monde.

Pauline Moullot
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Journaliste
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