Economie

Milton Friedman, «l'homme qui a sauvé le capitalisme»

Eric Leser, mis à jour le 02.08.2012 à 12 h 03

The Friedman Foundation for Educational Choice

The Friedman Foundation for Educational Choice

L'économiste, universitaire et prix Nobel Milton Friedman aurait eu 100 ans le 31 juillet. Pour le Wall Street Journal, les analyses de cet apôtre fervent du libéralisme seraient particulièrement utiles en cette période de crise financière et économique planétaire et de remise en cause du système.

Pour le chroniqueur Stephen Moore, c'est même «une tragédie» que Barack Obama ne puisse recevoir et surtout suivre les conseils de Milton Friedman, «l'homme qui a sauvé le capitalisme», l'économie américaine et celle du monde «ne s'en porteraient que mieux».

«No free lunch»

Milton Friedman, fondateur de l'école monétariste de l'université de Chicago, est à l'origine du courant néolibéral en économie qui est devenu le contrepoids du keynésianisme. Il est mort en 2006 à l'âge de 94 ans et a commencé à devenir célèbre dans les années 1960 en expliquant qu'il n'existe pas «such thing as a free lunch» (quelque chose comme un repas gratuit).

En clair, quand le gouvernement dépense un dollar, il ne tombe pas du ciel mais vient de quelque part, des poches des producteurs ou des travailleurs de l'économie privée, et «qu'il n'y a pas d'effet multiplicateur en prenant au productif Pierre pour donner au non productif Paul».

Un autre adage de Milton Friedman, qui ne manquerait pas de faire débat aujourd'hui, concerne les hausses d'impôts qui d'après lui «ne réduisent jamais le déficit public. Car les gouvernements dépensent toujours tout ce qu'ils peuvent dépenser». A la fin de sa vie, il s'est souvent félicité de basculement du monde vers l'économie de marché qui d'après lui a permis à des centaines de millions de personnes de sortir de la misère.

Milton Friedman était aussi parti en guerre contre la création monétaire.

«Quand une banque centrale crée de la monnaie, elle donne l'illusion pendant un court moment de la prospérité mais au final il n'y a pas plus d'activité juste une hausse des prix.»

Il était aussi critique de la création de l'euro, jugeant avec prescience que la faiblesse de la monnaie européenne était surtout politique:

«Elle implique (la monnaie unique) que chaque pays abandonne sa politique monétaire à une entité qui n'est pas sous son contrôle. Un tel système a des avantages et des inconvénients économiques, mais je pense que son talon d'Achilles sera politique

Le magazine Forbes, qui considère que la crise de l'euro donne raison rétrospectivement à Milton Friedman, rappelle aussi qu'une fois l'euro créé, l'économiste souhaitait avoir tort et considérait que les conséquences d'un effondrement de cette monnaie seraient catastrophiques.

Héros de la droite américaine

Milton Friedman est devenu dans les années 1980 le héros de la droite américaine et même mondiale en s'en prenant aux dépenses trop importantes des Etats et aux réglementations qui freinent la croissance économique, détruisent des emplois et pour lui oppressent les «petits» en les privant de liberté.

«L'histoire est sans appel: il n'y a à ce jour aucun moyen pour améliorer la situation de l'homme de la rue qui arrive à la cheville des activités productives libérées par un système de libre entreprise.»

Il était partisan de la légalisation des drogues, ce qui n'était pas vraiment du goût de la droite républicaine américaine et s'est battu aux Etats-Unis pour la suppression de la conscription. Critiqué alors pour être partisan «d'une armée de mercenaires», il avait répondu dans une phrase restée célèbre:

«Si les volontaires pour servir dans l'armée sont des mercenaires alors les conscrits étaient des esclaves

Milton Friedman a fait l'objet de nombreuses controverses et mises en cause, notamment parce que ces idées ont inspiré les politiques de Ronald Reagan aux Etats-Unis, Margaret Thatcher au Royaume-Uni, Augusto Pinochet au Chili et Brian Mulroney au Canada. Des manifestants d'Occupy Wall Street portaient en nombre des T-shirts sur lesquels ont pouvait lire: «Milton Friedman: Proud Father of Global Misery» (Milton Friedman: le père fier de la misère mondiale).

En dépit des critiques et des accusations, Milton Friedman ne s'est jamais départi tout au long de sa carrière de son calme et de son petit sourire. La seule personne à l'avoir jamais mis en difficultés lors d'une joute oratoire publique était… sa femme, qui était écrivain, Rose Friedman.

Eric Leser
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Journaliste
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