France

Les antibiotiques, ça reste automatique

Jean-Yves Nau, mis à jour le 29.07.2012 à 16 h 47

drug companies to collaborate on Alzheimer disease/opensourceway via Flickr CC License by

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Rimé, le slogan avait fait florès: les antibiotiques, c'est pas automatique. On se souvient encore de ce faux alexandrin. Lancé il y a dix ans, il annonçait la fin de la prescription-réflexe d’antibiotiques par des médecins devant tout épisode infectieux. Objectif: faire des économies tout en luttant contre les résistances bactériennes croissantes à ces précieux médicaments.

On avait  cru pouvoir annoncer –c’était en 2008- que l’objectif avait été pleinement atteint. Or voici qu’il faut aujourd’hui déchanter: en France les antibiotiques ça reste toujours (assez) automatique.

La démonstration en est apportée avec l’état des lieux médicamenteux que vient de dresser l’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM). Cet organisme (qui, affaire du Médiator oblige, a succédé à l’Afssaps) vient de publier un état des lieux complet de la consommation d’antibiotiques en France depuis 2000 incluant les premières données inédites de 2011.

Les chiffres confirment au total la tendance à la hausse enregistrée depuis 2005: en 2011 les Français ont consommé  30,9 «doses définies journalières» (DDJ) d’antibiotiques (pour 1.000 habitants et par jour). En 2010 la consommation était de 30,4 DDJ.  La baisse sur une décennie est donc  de 13,5%  et non de 16% comme les chiffres de 2010 le suggéraient. Ce résultat préoccupant éloigne la France de l’objectif qu’elle s’est donnée dans son 3e plan pluriannuel: une réduction de 25% d’ici à 2016.

Ces sont les prescriptions faites par les médecins libéraux (essentiellement les généralistes) qui constituent la plus grosse facture: en 2010, l’ANSM a recensé 130 millions de boîtes d’antibiotiques prescrites par des médecins libéraux contre 20 millions par des hospitaliers. Et ce sont également les praticiens de ville qui sont pour majeure partie responsables de l’augmentation de la consommation d’antibiotiques en 2011. Après une période de 2000 à 2004 de forte diminution, la reprise s’est essentiellement manifestée en 2009. Pourquoi?

L’ANSM l’explique pour partie par une incidence plus forte de pathologies hivernales et de «syndromes grippaux». D’après les premiers chiffres disponibles, l’année 2011 (2,4 millions de syndromes grippaux contre 1,1 million en 2010) confirme l’augmentation tendancielle de la consommation. Mais les syndromes grippaux ne sauraient tout expliquer. Il faut pour  l’essentiel compter avec le vieillissement de  la population. C’est en effet à partir de 65 ans que la consommation grimpe avant de culminer vers 85 ans.

L’ANSM se félicite néanloins:

«Les habitudes de prescriptions ont évolué. Ces résultats demeurent positifs et démontrent que les habitudes de prescription et les comportements peuvent être infléchis: la France n’est plus le premier consommateur d’antibiotiques en Europe, comme c’était le cas au début des années 2000.»

Cette agence tire néanmoins la sonnette d’alarme. Le nombre de principes actifs présent dans les spécialités pharmaceutiques a diminué de 18% en 10 ans (il est passé de 103 à 84). C’est là la conséquence d’un essoufflement manifeste de l’innovation thérapeutique. On peut se réjouir de la part des génériques sur le marché (75,4% de la consommation d’antibiotiques en médecine libérale  en 2010).

Pour sa part l’ANSM juge préoccupant le faible nombre de molécules nouvelles à une époque où les bactéries développent de nouvelles résistances aux antibiotiques disponibles. De ce fait on peut redouter une multiplication des situations d’ «impasse thérapeutique».

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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