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Les vaccins devraient être privés de pub

Jean-Yves Nau, mis à jour le 26.07.2012 à 10 h 36

Vaccination à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

Vaccination à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

«L’image renvoyée par l’industrie pharmaceutique n’est pas bonne, aussi bien dans le grand public que chez les médecins.» C’est l’argument, surprenant dans sa formulation, retenu par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) pour s’opposer à la diffusion de campagnes publicitaires «non institutionnelles» visant le grand public et incitant à la vaccination. En clair, des campagnes financées par les firmes productrices de vaccins.

L’avis du HCSP a été rendu public le 25 juillet. Il s’inscrit dans le cadre de la loi du 29 décembre 2011dans sa partie relative au renforcement de la sécurité du médicament. Ce texte améliorait l’encadrement des campagnes publicitaires non institutionnelles auprès du grand public pour les vaccins soumis à prescription médicale ou remboursables.

Dans son avis, le HCSP «ne propose pas à ce jour de liste de vaccins qui pourraient faire l’objet de campagnes publicitaires non institutionnelles».

«En d’autres termes, quel que soit le support –Internet, TV, radio, affichage, presse– les campagnes grand public pour des vaccins sont suspendues sine die. A moins d’un infléchissement du Haut Conseil qui apparaît en l’état peu probable», a aussitôt commenté le Quotidien du médecin. Ce titre rappelle que dans un précédent avis (daté du 17 octobre 2008, PDF), le HCSP déplorait déjà «que les firmes productrices de vaccin soient autorisées à faire des publicités télévisuelles et radiodiffusées pour le grand public».

Dans un courrier adressé le 31 janvier 2011 au Directeur général de la santé, cette institution  réitérait «sa réticence à ce que les firmes commercialisant des vaccins soient autorisées à diffuser des publicités pour le grand public, télévisuelles ou radiodiffusées, ainsi que des publicités imprimées».

Dans son dernier avis, le Haut Conseil «s’interroge sur l’impact qu’ont pu avoir les campagnes publicitaires sur ces vaccins», et ce d’autant qu’aucune étude scientifique à ce sujet n’a à ce jour été publiée dans la littérature internationale. Il ajoute que la mauvaise image de l’industrie pharmaceutique «conforte dans l’idée que des campagnes publicitaires sur les vaccins pourraient en définitive avoir un effet négatif vis-à-vis de l’adhésion à la vaccination».

Il sera intéressant de voir si cet avis sera ou non suivi par Marisol Touraine, ministre de la Santé. Pour l’heure, il vise tout particulièrement les nouveaux et coûteux vaccins visant à protéger contre certains papillomavirus (et donc contre le cancer du col de l’utérus).

Ces deux vaccins controversés sont commercialisés par les multinationales pharmaceutiques Sanofi-Pasteur-Merck et GlaxoSmithKline sous les noms de marque Gardasil et Cervarix. Ils font l’objet, depuis leur commercialisation, d’une intense publicité à la fois grand public et sans frontières de la part des deux firmes comme on peut en voir un exemple ici et . La question de leur publicité destinée au grand public est d’autant plus stratégique que la question est ouverte de la vaccination des jeunes garçons pour aider à la protection des jeunes filles et des femmes.

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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