Life

Infections nosocomiales: l'épidémie de bactéries Abri grandit

Jean-Yves Nau, mis à jour le 25.07.2012 à 10 h 07

Des chirurgiens / Wikimedia Commons

Des chirurgiens / Wikimedia Commons

Acinetobacter baumannii (AB) est une bactérie responsable d’infections sévères chez l’homme, en particulier chez les personnes fragilisées. Naturellement résistante à de nombreux antibiotiques, elle est aussi capable d’acquérir des mécanismes de résistance à un précieux antibiotique (l’Imipénème, de la classe des carbapénènes). On parle alors de la bactérie Abri; une bactérie «multirésistante» et de ce fait responsable de situations difficiles d’un point de vue thérapeutique. Le nombre annuel de bouffées épidémiques dues à Abri observées dans les CHU français est, depuis quelques années en «nette augmentation». Ce phénomène est analysé dans le détail sur le site du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut de veille sanitaire (InVS).

L’analyse rétrospective qui y est faite couvre la période entre le 1er août 2001 et le 31 mai 2011. Sur 10.288 cas d’infections contractées à l’hôpital (infections nosocomiales) étudiés 343 (3,3%) impliquaient des Abri. Mais cette proportion qui était comprise entre 2% et 3% entre 2003 à 2008, est passée à 3,2% en 2009, 5,1% en 2010 et 11,1% sur les cinq premiers mois de 2011. Une évolution inquiétante.

Les cas les plus fréquemment rapportés étaient les infections respiratoires (37%), les bactériémies/septicémies (18,9%) ou les infections urinaires (12,6%). Les services hospitaliers les plus concernés sont ceux de court séjour, de réanimation, de médecine et de chirurgie, de même que les services de brûlés.

Durant cette période, les régions ayant signalé le plus grand nombre d’Abri ont été l’Ile-de-France (27%), le Nord-Pas-de-Calais (18%), l’Aquitaine (9%), la Provence-Alpes-Côte d’Azur (8%) et Midi-Pyrénées (8%). Plusieurs épidémies régionales ont pu être décrites et analysées notamment dans les régions Aquitaine et Nord-Pas-de-Calais ainsi qu’en Martinique. «Au total, 172 décès ont été rapportés impliquant au moins un Abri. Dans les cas n’impliquant que des Abri, 160 décès étaient rapportés, soit une létalité brute de 17%», précisent les auteurs de l’étude publiée dans le BEH.

Des mesures allant jusqu’à la fermeture des services hospitaliers ont dû être appliquées afin de juguler des situations épidémiques.

Il apparaît aussi clairement, une nouvelle fois et au-delà des Abri, que «la résistance aux antibiotiques est un problème de santé publique qui ne se limite pas à quelques micro-organismes».

L’émergence des infections des Abri est également rapportée au niveau européen.

«Une vigilance renforcée sur les ABRI paraît donc nécessaire à l’avenir et doit impliquer tous les partenaires concernés, estiment les épidémiologistes. Dans ce contexte, le strict respect des mesures d’hygiène et une politique raisonnée de l’usage des antibiotiques ont toute leur importance.»

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte