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Il faut arrêter toutes les recherches sur le virus de la peste bovine

Jean-Yves Nau, mis à jour le 24.07.2012 à 9 h 56

Le virus de la peste bovine / Wikimedia Commons

Le virus de la peste bovine / Wikimedia Commons

La FAO et l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE) ont lancé lundi 23 juillet un appel solennel demandant un moratoire mondial sur l’ensemble des recherches scientifiques utilisant le virus vivant de la peste bovine. En pratique, ces deux organisations internationales veulent obtenir au plus vite la destruction des échantillons de virus et du matériel biologique potentiellement dangereux qui sont actuellement stockés dans plus de quarante laboratoires du monde entier et dont certains ne répondent absolument plus aux conditions de biosécurité qui sont aujourd’hui exigées.

Les responsables des deux organisations estiment toutefois que certaines réserves de virus devraient être conservées pour la production de vaccins et la recherche scientifiques au cas où la maladie réapparaîtrait naturellement à partir de la faune sauvage, accidentellement ou encore de manière délibérée lors d’actions de bioterrorisme.

La peste bovine est une maladie d’origine virale (le Rinderpest virus) aux conséquences souvent mortelles sévissant sur un mode épidémique chez les bovins et les buffles. Ses conséquences économiques peuvent être redoutables. Introduit en Europe via, suppose-t-on, les invasions des Huns, le Rinderpest virus  a tué, sur le Vieux Continent, deux cents millions de bovins vers le  milieu du XVIIe siècle. Des épidémies ont continué à être observées en Russie et en Europe centrale jusqu’au début du XXe siècle.

A partir des années 1960, des campagnes massives de vaccination dans les pays concernés associées à une surveillance active permirent une régression importante de la maladie. Puis, après une réapparition brutale sur le continent américain dans les années 1980, elle avait pu être éradiquée. Le dernier foyer épidémique connu date de 2001 au Kenya.  

La stratégie actuelle de la FAO et de l’OIE n’est pas sans rappeler celle de la destruction programmée du virus de la variole. Et, comme dans le cas de la variole, l’affaire commence à traîner en longueur, essentiellement pour des raisons de bureaucratie onusienne. L'éradication de la peste bovine avait été officiellement proclamée par l'OIE et la FAO il y a plus d’un an. Et en mai 2011, les deux organisations avaient déjà fixé cet objectif de destruction des réservoirs des souches virales, un objectif majeur en termes de santé publique vétérinaire. Depuis, rien n’a été fait, sinon la «création d’un comité mixte» constitué de «sept experts indépendants».

L’heure est donc, à nouveau, à la destruction des stocks restants de virus ou à leur stockage dans un nombre restreint (un par continent) de laboratoires de confinement agréés. Toute recherche utilisant le virus vivant est d’autre part prohibée. «Si le virus de la peste bovine demeure présent dans un grand nombre de laboratoires du monde entier, nous ne pouvons affirmer que le risque de réapparition est nul. Il faut s'atteler en priorité à détruire les stocks non sécurisés du virus et à maintenir la vigilance jusque-là», explique-t-on auprès de l’OIE. Les pays africains ont trouvé une solution: les virus encore stockés seront soit détruits soit transférés au Centre panafricain des vaccins vétérinaires de l'Union africaine installé en Ethiopie. Les pays des autres continents sont loin du consensus dans ce domaine et en dépit des risques sanitaires, les tractations risquent d’être fort longues. Soit, selon le Dr Bernard Vallat, directeur général de l’OIE, «entre un et cinq ans».

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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