Monde

Berlin: la fin du rêve?

Annabelle Georgen, mis à jour le 13.07.2012 à 9 h 20

Berlin, Spree/lampenlee via Flickr CC License by

Berlin, Spree/lampenlee via Flickr CC License by

Depuis quelques années, on n'arrête pas de parler d'elle, la capitale mondiale de la jeunesse branchée, la Mecque des artistes, l'aimant à créatifs de tout poil, le temple de la fête... Berlin séduit, attire. Et pas seulement les jeunes non-germanophones. Conséquence: sa population s'accroît. Au point que la capitale allemande compte aujourd'hui 3.501.900 habitants, soit autant qu'en 1945. Car avant de redevenir à la mode, Berlin s'est longuement vidée de ses habitants dans les décennies qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La fête risque d'être bientôt finie, met en garde le quotidien berlinois Tagesspiegel, qui craint que la qualité de vie qu'offrent encore certains quartiers du centre de Berlin - grands appartements aux loyers bon marché - ne soit plus qu'un amer souvenir dans quelques années. Le journaliste Gerd Nowakowski écrit:

«Horreur lointaine que le fait que le maire de New York Bloomberg veuille faire construire des appartements de 20 m2, parce que seuls ces mini-appartements sont encore payables? À Berlin aussi les entreprises de construction parlent déjà de la nécessité de faire des appartements plus petits si l'on veut que les loyers restent abordables. [...] Les célibataires pourront encore s'offrir un studio, tandis que ce sera difficile pour une famille qui veut un quatre pièces.»

La hausse des loyers est en effet un vif sujet d'inquiétude chez les Berlinois. Le quartier de Prenzlauer Berg a par exemple vu sa population complètement changer en l'espace de deux décennies: d'enclave alternative émaillée de squats peuplés d'artistes et de punks, il est devenu un quartier résidentiel bobo saturé d'aires de jeux pour enfants. Les manifs de protestation se multiplient dans la ville.

«Nous voulons attirer l'attention sur le déplacement grandissant de populations hors de la ville à cause de l'augmentation des loyers», explique au Berliner Zeitung Robert Muschinski, un des membres du collectif Mediaspree versenken! (couler Mediaspree!), du nom d'un projet immobilier très controversé qui vise à construire des immeubles de bureaux le long des berges de la Spree, la rivière qui traverse Berlin. L'activiste estime que la qualité de vie baisse également à mesure que la ville «brade ses derniers terrains».

Le vieillissement qui touche la population allemande - un Allemand sur cinq a plus de 65 ans - n'épargne pas non plus Berlin. Le paradis des jeunes fêtards pourrait donc se transformer dans quelques décennies en capitale du déambulateur, mais surtout, le Tagesspiegel craint que le parfum de liberté qui flotte aujourd'hui dans le Berliner Luft (l'air de Berlin) soit bientôt remplacé par un sentiment diffus de solitude:

«Le laboratoire Berlin est déjà en pleine mutation. Un Allemand sur cinq vit seul – au bord de la Spree il s'agit déjà d'un sur trois.»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
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