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Arrêter la cigarette fait prendre du poids, mais combien?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 12.07.2012 à 9 h 57

Only the Last Time / meddygarnet via FlickrCC Licence by

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C’est l’un des arguments le plus souvent avancé par tous ceux (et plus encore toutes celles) qui aimeraient-bien-arrêter-de-fumer-mais-qui-n’y-parviennent-malheureusement-pas. Prendre du poids, à coup sûr et pour des raisons physiologiques plus ou moins élucidées.

Prendre du poids mais combien? C’est à cette question éminemment pratique que vient (enfin) de répondre un groupe de médecins français et britanniques dirigés par le Pr Henri-Jean Aubin (centre d’enseignement, de recherche et de traitement des addictions, hôpital Paul-Brousse, Villejuif).

Et leur réponse se trouve dans les colonnes et sur le site du British Medical Journal. Ils ont repris et analysé soixante-deux études publiées sur ce thème. Et ils arrivent à ce chiffre qui ne manquera pas d’effrayer toutes les fumeuses et fumeurs envisageant l’abstinence: un an après la dernière cigarette, la prise de poids se situe en moyenne à 4,7 kg, une surcharge qui apparaît pour l’essentiel dans les trois premiers mois. Un chiffre nettement supérieur à celui généralement annoncé lors des campagnes de sevrage, sans doute pour ne pas effrayer le volontaire au sacrifice.

La revue de la littérature spécialisée (ou méta-analyse) qu’ont réalisée le Pr Aubin et ses collègues n’a porté que des essais de qualité (essais dits «contrôlés randomisés») concernant le sevrage tabagique. Ils ont porté au total  sur 25.084 personnes.

Quatre grands types de sevrage ont ainsi été étudiés. Trois avaient été menés avec une aide médicamenteuse: la varenicline ou Champix (2 mg/j), le bupropion ou Zyban (300 mg/j) et les substituts nicotiniques (patchs ou gomme à mâcher). Dans le quatrième, les fumeurs étaient «non traités».

Cinquante-neuf des soixante-deux essais concernaient des fumeurs vivant aux Etats-Unis, en Europe et en Australie. Les trois autres n’avaient été menés que dans des pays d’Asie. Sept essais n’avaient inclu que des fumeuses.

Dans ce vaste échantillon international, il apparaît au total que les résultats sont similaires quelle que soit la méthode d’aide au sevrage utilisée.

En moyenne, les prises de poids ont été de 1,12 kg, 2,26 kg, 2,85 kg, 4,23 kg et 4,67 kg à un, deux, troix, six et douze mois après l’arrêt du tabac.

Les choses sont toutefois nettement plus complexes (et moins déprimantes) quand on analyse les données dans le détail. Usant de méthodes bien connues des statisticiens (moyenne de prise de poids par rapport à une déviation standard), les auteurs du British Medical Journal montrent ainsi qu’après 12 mois d’abstinence, 16% des anciens fumeurs ont perdu du poids, 37% ont pris moins de 5 kg, 34% entre 5 et 10 kg et 13% plus de 10 kg. Ces pourcentages sont à peu près similaires dans les populations ayant eu recours à  un sevrage pharmacologique, et ils sont indépendants des préoccupations pondérales initiales des personnes concernées.

«L’essentiel de la prise de poids se situe au début du sevrage, précise le Pr Aubin. Plus on avance dans le temps, moins on prend. Les traitements qui retardent la prise de poids sont donc utiles car la tolérance à la prise de poids change au fur et à mesure de l’arrêt et que l’on sent les bénéfices. Par exemple, chez les femmes qui considèrent qu’elles peuvent accepter une prise de poids de 2,3 kg, ce seuil augmente au fur et à mesure du sevrage.»

Ce spécialiste ajoute que si cette prise de poids moyenne de 4,7 kg a un sens pour une population, elle en a moins pour une personne donnée tant la variabilité peut être considérable. Et à ceux qui se poseraient la question, les auteurs de ce travail précisent qu’aucun facteur prédictif n’est apparu dans leurs analyses.

On peut le dire autrement: si vous êtes fumeur, que vous décidiez d’en finir avec votre addiction et qu’au final vous y parveniez, rien ne vous permet de savoir si dans un an vous aurez perdu du poids ou pris plus de 10 kg.

Dans Le Quotidien du médecin, le Pr Aubin préfère pour sa part voir le verre à moitié plein:

«Il y a des messages positifs. Un fumeur a 25% de chance de perdre du poids ou de prendre moins de 1 kg un an après son arrêt du tabac.»

On ajoutera que dans tous les cas, de simples recommandations pour encourager l’exercice physique au quotidien suffisent à réduire la prise de poids au fil du temps. Ne plus fumer procure de multiples bénéfices sanitaires et financiers.

Mais pour cela, il faut savoir à la fois se priver et donner de sa personne. Soit se sacrifier pour ne pas réduire artificiellement son espérance de vie. On ajoutera enfin qu’en moyenne les fumeurs sont d’un poids inférieur à la moyenne des non fumeurs. La prise de poids qui suit l’arrêt du tabac pourrait dès lors être perçue comme un simple exercice de rattrapage.

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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