France

Robert de La Rochefoucauld, le James Bond de la Résistance

Grégoire Fleurot, mis à jour le 10.07.2012 à 11 h 16

NorgesHjemmefrontmuseum/NightFall404 via Flickr CC License by

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Vous n’avez sans doute pas entendu parler de sa mort le 8 mai dernier. A peine quelques lignes dans la presse française. Pourtant, le comte Robert de La Rochefoucauld était un héros de la Résistance, chevalier de la Légion d’honneur, Croix de guerre 1939-1945, porteur de la Médaille de la Résistance et de la prestigieuse décoration du Distinguished service order (DSO) britannique.

Avec quelques semaines de retard, deux grands journaux étrangers viennent de rendre hommage à ce résistant dont les exploits rendraient jaloux James Bond et Indiana Jones. Le New York Times publie ce 9 juillet une nécrologie de celui qui est décrit comme un «illustre et courageux saboteur qui s’est battu pour l’honneur de la France pendant la Seconde Guerre mondiale».

Le Telegraph britannique lui consacrait 10 jours plus tôt un long portrait, racontant en détail l’histoire rocambolesque de ce descendant de François de La Rochefoucauld qui, après s’être échappé de la France occupée par l’Espagne, a rejoint les rangs de la section française du Special operation executive (SOE) britannique, les services de sabotage de Churchill.

Après un entraînement près de Manchester, il fut parachuté pour des missions de sabotage en France occupée. Arrêté trois fois par les nazis, il réussit à s'échapper, en se déguisant notamment en bonne sœur ou en soldat allemand. Le Telegraph écrit sur une de ses évasions à Bordeaux:

«Il feinte une crise d’épilepsie et quand le garde ouvre la porte, il l’assomme avec un pied de table avant de lui casser le cou («Dieu merci pour cet entraînement sans pitié», écrira-t-il). Après avoir mis un uniforme allemand, La Rochefoucauld entre dans la salle de garde où il tue deux soldats. Il marche ensuite simplement hors du Fort du Hâ (NDLR où il était prisonnier).»

Après la guerre, il travaille quelques années dans les services secrets français avant de retourner à la vie civile, où il sera «transporteur, constructeur, planteur de bananes ou exploitant forestier en Afrique», rapporte la Croix.

En 1997, Robert de La Rochefoucauld a apporté son soutien à Maurice Papon, jugé pour avoir fait déporter près de 1.600 juifs de Bordeaux vers Drancy (Seine-Saint-Denis), affirmant que ce dernier «faisait partie des hommes courageux qui ont beaucoup fait pour la Résistance et pour aider les Alliés en risquant leur vie pour soustraire des renseignements aux Allemands». Après sa condamnation, l’ancien préfet tente de fuir pour la Suisse, où il est retrouvé avec un passeport prêté par Robert de La Rochefoucauld, qui assume son geste:

«Je ne renie jamais mes amis et j’ai toujours eu une grande admiration pour cet homme et je ferai tout ce que je peux pour le défendre quoi qu’il arrive.»

A sa mort, pas de cérémonie officielle aux Invalides ni de pluie hommages politiques, «à l’image d’un homme dont les aventures en temps de guerre ont été accomplies à l’abri du regard du grand public», écrit le New York Times.

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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