Culture

BET: un festival de bip

Temps de lecture : 2 min

Jay-Z et Kanye West aux Grammy Awards 2009. REUTERS/Lucy Nicholson.
Jay-Z et Kanye West aux Grammy Awards 2009. REUTERS/Lucy Nicholson.

Vous connaissez l’obsession des Américains qui consiste à biper chaque gros mot à la télévision? Cela devient compliqué quand c’est une performance de Nicki Minaj, ou de Kanye West qu’il s’agit de filmer, et que le nombre de bip rivalise avec le nombre de notes. C'est ce qui s'est passé dimanche lors des BET Awards, cérémonie née en 2001 pour reconnaître les Afro-Américains et d'autres minorités dans la musique, le théâtre, le sport, etc.

«Cela a commencé avec le numéro d’ouverture du label de Kanye West: G.O.O.D., qui comprenait Big Sean, Pusha T et 2 Chainz», raconte le L.A. Times. «Il y a eu de longues périodes de silence censuré quand les rappeurs ont chanté Mercy, mais tous les gros mots n’ont pas été bipés» –il y en avait trop pour que la censure soit assez réactive.

L’équivalent américain du CSA français est extrêmement strict, interdisant «la diffusion de matériel qui, dans son contexte, décrit ou représente, dans des termes manifestement choquants d’après les standards de la société, des activités ou organes sexuels ou scatologiques».

Le «Fuck» lâché par Jean Dujardin lors de sa victoire aux Oscars pour The Artist avait d’ailleurs suscité une controverse et contraint l’acteur français à s’excuser. L’exclamation de Joe Biden lors de la signature par Obama de la loi sur la réforme du système de santé n’avait pas moins choqué: «Tu as réussi. C'est un putain d'accord!» avait lâché le vice-président américain.

Avec des règles pareilles, la diffusion du rap à la télévision américaine peut paraître compliquée. En 2007, des associations conservatrices américaines avaient même exprimé bruyamment leur souhait de voir disparaître des chansons les mots «bitches» (salopes), «hoes» (putes) ou «niggers» (nègres). Le rappeur 50 Cent avait alors répondu, lors d’une conférence de presse:

«Le hip-hop reflète l’environnement dans lequel on a grandi, la difficile réalité. Si je vous demande de peindre le drapeau américain sans utiliser la couleur rouge, vous allez avoir du mal. Nous essayons de saisir certaines choses avec cette forme artistique, et je suis sûr que certains conservateurs américains ne le comprennent pas, à cause de leur mode de vie, et la façon dont ils ont été éduqués. Ils n’ont pas été confrontés à cette réalité.»

T.I. ajoutait alors, s’adressant aux journalistes:

«La plupart d’entre vous ne connaissent pas cette vie. Je sais que ce sont les mots B*, H*, et N*, (salopes, putes, nègres) qui sont attaqués en ce moment. Mais je ne sais pas si vous êtes au courant, il y a des salopes, des nègres et des putes qui vivent aux Etats-Unis. Tant que ce fait existe, je pense que les rappeurs méritent le droit d'en parler.»

C’est peut-être les bips, qu’il faudrait remettre en question.

Charlotte Pudlowski journaliste, créatrice et rédactrice en chef du podcast Transfert

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