Sports

Ex-æquo au 100 m: le dilemme du coureur

Daniel Lametti, mis à jour le 27.06.2012 à 12 h 22

Jeneba Tarmoh et Allyson Felix après avoir terminé ex-aequo au 100 m à Eugene le 24 juin 2012, REUTERS/Mike Blake

Jeneba Tarmoh et Allyson Felix après avoir terminé ex-aequo au 100 m à Eugene le 24 juin 2012, REUTERS/Mike Blake

Quelque chose d’inhabituel s’est produit pendant les qualifications olympiques de l’équipe américaine à Eugene, dans l’Oregon. Les sprinteuses Allyson Felix et Jeneba Tarmoh sont arrivées troisièmes ex-æquo lors du 100m féminin. Le finish était si serré que même les images prises par les caméras à très grande vitesse n’ont pu départager les deux coureuses.

Mais il ne pouvait y avoir d’égalité: la troisième de cette course gagne la dernière place dans l’équipe olympique américaine pour les Jeux olympiques de Londres (les deux athlètes sont en fait déjà assurées d’aller aux JO pour le relais 4x100m).

Un ex-æquo est si rare dans le sport que la fédération d’athlétisme américaine n’avait pas de règle pour déterminer le vainqueur dans un tel cas. Ils ont donc dû en inventer une. Résultat, il y aura soit un tirage au sort, soit une nouvelle course en duel entre les deux coureuses. Et c’est aux deux athlètes de décider quelle solution elles préfèrent.

Si elles n’arrivent pas à s’accorder, il y aura une nouvelle course. Si les deux athlètes refusent de choisir entre les deux options, cela se décidera à pile ou face. Mais quoiqu’il arrive, la décision doit être prise avant dimanche 1er juillet, date de la fin des qualifications olympiques.

Que doivent faire les coureuses?

Bobby Kersee, qui entraîne les deux athlètes, est favorable à une nouvelle course, comme il l’a expliqué à Associated Press:

«Est-ce que vous imaginez qu’au Super Bowl, après deux prolongations, les arbitres appellent les deux entraîneurs au milieu du terrain et disent "On va tirer à pile ou face qui gagne le Super Bowl"? Moi pas vraiment.»

Il a raison. Un vrai fan de sport ne devrait se satisfaire de rien d’autre qu’une nouvelle course. Les matchs nuls, c’est pour le foot. Mais d’un autre côté, il y a des inconvénients à cette solution, comme par exemple le risque de blessure qui signifierait pas de JO. D’un autre côté, une coureuse qui demande un tirage au sort ne concède-t-elle pas implicitement qu’elle est la plus lente des deux?

Nous avons consulté Jordan Ellenberg, un professeur de maths de l’université du Wisconsin et contributeur de Slate, pour avoir son avis stratégique. Avant de lui parler, nous étions arrivés à la conclusion que la situation ressemblait au dilemme du prisonnier, un problème mathématique dans lequel deux criminels interrogés séparément ont le choix entre se taire ou dénoncer l’autre pour éviter une lourde peine de prison.

Dilemme du prisonnier

Dans ce cas, et quoi que fasse l’autre prisonnier, faire le choix égoïste (dénoncer son ami) est la meilleure solution. Peut-être que les athlètes devraient adopter la même stratégie pour résoudre leur dilemme. Ou peut-être pas.

«Impossible de savoir si c’est comme le dilemme du prisonnier, selon Ellenberg. Nous ne savons pas quelle solution préfèrent les prisonniers.» Mais il nous rejoignait sur certaines stratégies. Si l’autre coureuse dit «courons», vous devriez accepter: pourquoi passer pour une mauviette alors que vous allez devoir courir quoi qu’il arrive.

Mais si l’autre coureuse veut tirer au sort, il semble raisonnable d’accepter pour éviter le risque de blessure, même si vous pensez pouvoir gagner cette seconde course. Une nouvelle course pourrait avoir des conditions différentes à celles de la première et favoriser l’une ou l’autre. «Elles devraient juste admettre que c’est une histoire de hasard et lancer une pièce, estime Ellenberg. Les gens veulent une réponse.»

Ne rien laisser au hasard

Que cela soit la meilleure solution ou pas, la fédération américaine est d’accord sur ce point, il faut une réponse. Leurs nouvelles règles en cas d’égalité ne laissent rien au hasard. Les instructions pour le pile ou face expliquent la position détaillée que doit avoir le doigt de l’arbitre avant que la pièce, un quarter avec un aigle d’un côté et George Washington de l’autre, soit lancée.

Et si les athlètes choisissent de courir à nouveau et que cette course se finit par une égalité? Le tirage au sort devient obligatoire, et il n’y a plus de dilemme à résoudre.

Le choix entre le lancer de pièce et la nouvelle course devrait intervenir avant vendredi. Bobby Kersee a conseillé aux deux athlètes de ne pas choisir avant de courir le 200m jeudi. En espérant qu’elles ne finissent pas ex-æquo.

Daniel Lametti

Traduit par Grégoire Fleurot

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