Economie

Ce que le baby-sitting peut nous apprendre sur la crise économique

Mélody Piu, mis à jour le 26.06.2012 à 14 h 33

Untitled/gagilas via Flickr CC License by.

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La crise économique, qui a débuté en 2008, continue toujours de frapper les pays, et ce malgré les plans de relance ou d'austérité. Mais pour Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008, il suffirait de prendre exemple sur une coopérative de baby-sitting de Washington pour se sortir de cette situation. Il a publié début juin End this depression now aux Etats-Unis dont The Guardian s'était fait l'écho début juin

Paul Krugman reprend l’allégorie de Joan Sweeney et Richard James Sweeney, qui furent les premiers, en 1977, à comparer les économies à une coopérative de baby-sitting, la Capitol Hill Babysitting Cooperative (CHBC) qui était située dans le district de Washington DC, et où les membres s’échangeaient un nombre limité de coupons, des «scrip», pour payer des heures de garde. Lorsque les parents épargnaient trop de coupons par précaution pour leurs besoins futurs, la demande de baby-sitting disparaissait puisque les parents ne sortaient pas. Par conséquent, la coopérative tombait en récession.

 

 

Que peut-on en conclure? Que ce n’est pas alors la qualité mais la quantité de coupons qui peut réguler tout le système. Il suffit juste de réinjecter des coupons dans l’économie. Cette allégorie illustre donc l’importance de la masse monétaire pour le bon fonctionnement de l’économie, selon Krugman.

Pourquoi Paul Krugman aime-t-il cette histoire? «Premièrement, parce qu’elle montre qu’il est possible pour une économie de tomber dans la dépression à cause d’un manque de demande, […] et parce qu’elle montre que les problèmes économiques ont parfois des solutions techniques simples», explique Tim Hardford de FT Magazine. 

L'austérité n'est pas la solution

Pour Krugman, rapporte The Guardian, le fait que la dette soit présentée comme un pêché dont nous devons tous payer le prix fort en se serrant la ceinture dans la douleur, est l’opposé de la vérité. Selon lui, l’austérité est une punition auto-imposée collectivement qui est inutile et qui ne fonctionnera pas. «Nous savons ce qui fonctionne, mais pour des raisons politiques complexes et historiques que son livre explore, nous avons choisi d’oublier», indique la journaliste Decca Aitenhead du Guardian.

«Nous savons que les économies avancées avec des gouvernements stables et qui empruntent dans leur propre monnaie sont capables de fonctionner jusqu’à des niveaux très élevés de la dette. Le meilleur exemple de toute l’histoire, c’est le Royaume-Uni qui a passé la majeure partie du XXe siècle, y compris pendant la crise des années 1930, avec des niveaux de dette beaucoup plus élevés qu’à l’heure actuelle», déclare Paul Krugman au Guardian. 

Tim Hardford, du FT, n'est pas convaincu. Pour lui, Krugman ne raconte pas comment l'histoire originale finit:

«La coopérative imprime trop de coupons, des pressions inflationnistes surgissent et sont supprimées, et la coopérative se grippe à nouveau parce que personne ne veut rester à la maison pour garder les enfants. Krugman a raison quand il dit que l'économie souffre parfois de problèmes qui peuvent être résolus de façon technique. Peut-être qu'il suggère un peu vite que ces solutions techniques sont simples. Mais, cherchons un compromis. La coopérative de baby-siiting a été ruinée parce qu'elle était dirigée, de manière incompétente, par un groupe d'avocats de Capitol Hill. Et je pense que c'est une précision importante.»

Mélody Piu
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