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Diagnostiquer un cancer à partir d’une prise de sang

Jean-Yves Nau, mis à jour le 25.06.2012 à 16 h 47

Precious drop / Rosmary via FlickrCC License by

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Une équipe française de médecins biologistes travaillant à l’Institut Curie de Paris vient de mettre au point  une technique permettant de détecter de l’ADN d’une tumeur cancéreuse dans le sang du malade. Ce procédé simple, reproductible et peu coûteux pourrait à terme s’appliquer à tous les cancers pour lesquels une mutation génétique a d’ores et déjà été identifiée.

Publié dans le dernier numéro de Clinical Cancer Research, une revue de l’Association médicale américaine du cancer, ce travail a été dirigé par Marc-Henri Stern et Olivier Lantz (Inserm/Institut Curie). Il apporte la démonstration, pour la première fois, qu’il est possible de détecter de l’ADN tumoral circulant dans le sang de patients.

La démonstration en a été apportée chez des personnes atteintes d’une forme particulière de mélanome de l’œil, une pathologie dite de «l’œil métastatique». Il s’agissait pour les deux chercheurs de développer une technique permettant de faire un diagnostic précoce et d’identifier au plus vite les récidives. Le mélanome de l’œil est le cancer de l’œil le plus fréquent chez l’adulte, avec 500 à 600 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en France et l’une des préoccupations majeures est ici de parvenir à préserver  la vue.

De fait, il apparaît bien que la présence sanguine de cet ADN révèle l’existence de cette tumeur et la quantité d’ADN trouvée est le reflet de la taille de cette même tumeur. Cette présence est la conséquence du phénomène  –naturel– de dégradation des cellules dans l’organisme qui permet d’assurer le  renouvellement des tissus.

Qu’elles soient normales ou cancéreuses, les cellules sont en effet dégradées et une partie de leur matériel génétique se retrouve dans le sang circulant. Si de l’ADN tumoral est détecté dans le sang, c’est que des cellules tumorales sont présentes dans l’organisme.

L’ADN tumoral étant toutefois en très faible quantité faible par rapport à l’ADN normal (issu de la dégradation des autres cellules), les chercheurs ont ici eu recours à une méthode d’amplification par réaction en chaîne (la «polymérisation activée par pyrophosphorolyse») pour détecter la présence de certaines mutations génétiques ponctuelles et fines. «Il s’agit là d’une technique est simple, peu coûteuse qui peut être mise en œuvre dans n'importe quel laboratoire de biologie moléculaire clinique», précise-t-on auprès de l’Institut Curie.

En pratique, de l’ADN tumoral a été détecté dans les prélèvements sanguins de 20 des 21 personnes chez lesquelles un tel cancer avait été diagnostiqué. Des études complémentaires sont d'ores et déjà prévues pour évaluer de quelle manière ce nouveau test pourra être utilisé à des fins pronostiques. D’autres travaux devraient être lancés pour élargir le spectre de cette nouvelle application pratique de la biologie moléculaire qui pourrait également être utilisée pour surveiller et mieux évaluer l’efficacité des traitements anticancéreux mis en œuvre.  

 

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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