Culture

Disparition de la grande pianiste française Brigitte Engerer

Jean-Marc Proust, mis à jour le 23.06.2012 à 23 h 12

Brigitte Engerer © Anton Solomoukha pour l'Orchestre de chambre de Paris.

Brigitte Engerer © Anton Solomoukha pour l'Orchestre de chambre de Paris.

Quand un compositeur décède, il laisse une œuvre. Quand un interprète disparaît, que laisse-t-il? Le souvenir d’un concert, des disques. Et, sans doute l’idée d’avoir servi la musique, ce qui suppose beaucoup, beaucoup d’humilité.

Décédée samedi à 59 ans, la pianiste française Brigitte Engerer était humble. Au point d’avoir, loin des récitals ou de la compagnie des grands chefs d’orchestre, joué de la musique de chambre, accompagné des chanteurs, et même, se souvenait Alain Lompech sur France Info, des choeurs, oui des choeurs.

En témoigne cette version rare du Requiem allemand de Brahms, pour 2 pianos et choeur, enregistrée avec ses complices Boris Berezovsky et le Choeur accentus de Laurence Equilbey. Il appartient aux plus grands de sortir des sentiers battus.

Son dernier concert, le 12 juin au Théâtre des Champs-Elysées, est un plaisir autant qu’une douleur. «Soutenue d’un bras par le chef d’orchestre, de l’autre par une canne, Brigitte Engerer arrive sur scène. Un sourire, qui veut bravement masquer la fragilité d’une personne qui se sait gravement malade, puis elle s’installe au piano, soulève sa jambe avec ses mains pour la placer sur la pédale et, avec humour, dit au chef “C’est fait! OK!”, avant d’entamer le Concerto pour piano de Schumann.»

Formée à l’école russe (elle suit les cours de Stanislas Neuhaus), elle est repérée par Herbert von Karajan, grand découvreur de talent, à 25 ans. Pour le centenaire du Philharmonique de Berlin en 1982, elle «est la seule jeune artiste française invitée. Elle y sera la soliste de deux concerts dirigés par Rostropovitch et participera au concert de jubilé aux côtés de deux autres jeunes solistes, Anne-Sophie Mutter et Krystian Zimerman.» Sa carrière internationale la conduit à dans les salles les plus prestigieuses, aux côtés des plus grands, de Barenboim à Mehta.

Elle laisse un importante discographie où la musique française eut toute sa place, à l’image de cette Invitation au voyage, disque «enregistré avec son compère violoncelliste Henri Demarquette, en 2007», ou encore de rares concertos pour piano de Saint-Saens.

La voici dans le célèbre Trio pour piano de Schubert, une œuvre qui inspira entre autres Kubrick pour Barry Lyndon, à l’occasion de la Victoire d’honneur récompensant l’ensemble de sa carrière en 2011.

 

Jean-Marc Proust
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Journaliste
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