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Sport: il faut autopsier tous les dopés

Jean-Yves Nau, mis à jour le 21.06.2012 à 16 h 24

Des toilettes utilisées pour des tests d'urine à Daegu en Corée du Sud le 24 août 2011, REUTERS/Lee Jae Won

Des toilettes utilisées pour des tests d'urine à Daegu en Corée du Sud le 24 août 2011, REUTERS/Lee Jae Won

On attend avec intérêt la réponse de Valérie Fourneyron, nouvelle ministre socialiste des sports. En charge de conseiller le gouvernement sur les grands sujets de santé publique, l’Académie nationale de médecine vient de trancher différentes questions relatives au dopage des sportifs.

Dans un rapport rendu public mercredi 20 juin, cette institution réclame que tout décès observé sur un terrain de sport soit obligatoirement suivi d’une autopsie; une autopsie pratiquée à la recherche exacte des causes de la mort et comportant un examen anatomo-pathologique, toxicologique et génétique. Le Dr Michel Rieu, conseiller scientifique de l’Agence française de lutte contre le dopage  (auteur de ce rapport avec le Dr Patrice Queneau) estime qu’il y environ en France 60 morts subites par mois sur les terrains de sport, un chiffre selon lui certainement sous-estimé.

Rien ne permet certes d’affirmer que ces morts subites prématurées ont  un lien avec le dopage. Mais selon le Dr Rieu l’hypothèse d’une ingestion concomitante de produits dopants ne lui paraît nullement «naïve». Faute d’investigations poussées dues à l’absence d’autopsie systématique, «on ne peut pas y voir clair», regrette  le Dr Queneau.

L’Académie de médecine travaille actuellement à l’élaboration d’un protocole précis de l’autopsie avec des médecins légistes et espère que cette proposition sera enfin rapidement entendue des pouvoirs publics et des autorités sanitaires. Ces informations pourraient notamment permettre de nourrir un observatoire des accidents et autres complications médicales directement liés aux diverses pratiques dopantes

Cette question de santé publique dépasse le seul cadre du sport de haut niveau; elle touche également les amateurs et parmi eux certains mineurs. «Il faut réaffirmer la compétence de l’Etat pour développer une politique volontariste de prévention du dopage» affirme le Dr Queneau. Et notamment réintroduire dans le Code de la santé publique les articles du Code du sport se référant à la lutte contre le dopage et à la protection de la santé du sportif.

Il faut aussi garantir statutairement l’indépendance des médecins vis-à-vis des fédérations sportives et des ligues professionnelles. «L’indépendance des médecins dont l’activité est placée sous l’autorité des directeurs techniques nationaux reste précaire, regrette l’Académie nationale de médecine. Ainsi, leurs interventions, quand elles risquent de troubler la stratégie de préparation du sportif mise au point par les cadres techniques, ne sont pas toujours bien tolérées. De même, dans certains cas, leurs réticences à vouloir apporter un support médicamenteux ayant pour but d’aider le sportif à supporter des charges d’entraînement de plus en plus lourdes indisposent».

Et s’il existe bien des modèles de contrats respectant la déontologie des médecins, ceux-ci ne sont pas mis en œuvre affirme le Dr Rieu. «De trop nombreuses épreuves de niveau national, voire régional, impliquant beaucoup d’amateurs, s’abritent derrière un statut d’extraterritorialité de fait pour échapper aux règles anti-dopage contraignantes définies dans le code français du sport» accusent encore les auteurs du rapport. Ils estiment enfin indispensable de développer  la recherche sur les nouveaux produits dopants; produits toujours plus performants et rarement détectés.

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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