Life

Peut-on dire qu'on aime la musique si on n'achète jamais de disques?

Slate.fr, mis à jour le 21.06.2012 à 11 h 55

Vinyl Heaven. MatthiasRomberg via Flickr CC License by.

Vinyl Heaven. MatthiasRomberg via Flickr CC License by.

Le débat est d’actualité en ce jour de la Fête de la musique en France, qui fête son 30e anniversaire: peut-on dire qu’on aime la musique si on n'achète jamais d'albums? C’est la question que pose un texte publié il y a quelques jours par Emily White, stagiaire d’été de All Things Considered, une célèbre émission de la National Public Radio (NPR) américaine.

«J’ai presque 21 ans, et depuis que j’ai commencé à aimer la musique, j’ai été pourrie-gâtée par Internet», y écrit-elle. «Je suis une auditrice avide, je vais souvent aux concerts et je passe des disques sur une radio universitaire. Mon monde est centré sur la musique. J’ai acheté seulement 15 CD dans toute ma vie, mais ma bibliothèque iTunes dépasse les 11.000 chansons.»

11.000 chansons qu’elle n’a pas achetées, mais téléchargées illégalement ou recopiées depuis les CD et les disques durs de sa famille, de ses amis ou de sa radio universitaire. Sa conclusion:

«Je pense sincèrement que moi et mes camarades ne paierons jamais pour des albums. Je pense que nous paierons pour quelque chose de commode. Ce que je veux, c’est un catalogue massif à la Spotify que je puisse synchroniser avec mon téléphone et avec plein d’appareils chez moi. […] Tout ce que je demande, c’est la capacité d’écouter ce que je veux quand je le veux et de la façon dont je le veux. Est-ce que c’est trop demander?»

Cette prise de position a déclenché un débat «enflammé», comme le reconnaît le blog de All Things Considered lui-même dans un autre article où il cite des réactions de lecteurs, comme «Vous êtes en train de tuer dans l’œuf les futurs musiciens»«Les réponses passionnées que nous avons reçues de nos lecteurs constituent l’écho de plus d’une décennie de tentatives par les musiciens, les maisons de disques, les disquaires, les fans, les songwriters et les juristes pour trouver une façon pour chacun d’être rétribué ou prélevé correctement», écrit le site.

Le blog Media Decoder du New York Times consacre également un article au débat qu’a déclenché le post d’Emily White, qui «a suscité plus de 440 commentaires et a été débattu pendant des jours sur des forums musicaux et dans des blogs». Il s’intéresse plus longuement à une des répliques qui a le plus circulé, un texte-fleuve, tout à tour compréhensif, voire amical, puis critique, rédigé par David Lowery, chanteur du groupe Camper Van Beethoven (connu pour son génial The Day That Lassie Went To The Moon):

«J’ai été témoin de l’appauvrissement de beaucoup de musiciens acclamés par la critique mais commercialement marginaux. En particulier, deux amis chers: Mark Linkous de Sparklehorse et Vic Chesnutt. […] Peu avant Noël 2009, Vic s’est suicidé. C’était mon voisin, et j’étais là quand ils l’ont mis dans l’ambulance. Le 6 mars 2010, Mark Linkous s’est tiré une balle en plein cœur. N’importe qui connaissant un de ces deux musiciens vous dira qu’ils souffraient de dépression. Il vous dira aussi que leur situation a empiré du fait de leurs problèmes financiers.»

Sa conclusion:

«Félicitations, votre génération est la première dans l’histoire à se rebeller en ne niquant pas le système mais en niquant à la place les musiciens barges et marginaux!»

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