Monde

Succès pour la carte de crédit «Karl Marx» dans l'est de l'Allemagne

Temps de lecture : 2 min

Image de la Sparkasse Chemnitz
Image de la Sparkasse Chemnitz

Deux décennies après la chute du mur de Berlin, certains habitants de l’est de l’Allemagne gardent encore des images de Karl Marx dans leur poche. Celui-ci ne figure plus sur les billets de 100 marks comme à l’époque de l’URSS, mais sur des cartes de crédit créées par la banque Sparkasse à Chemnitz, qui avait organisé un vote pour permettre à ses clients de choisir parmi dix motifs différents.

Résultat: plus d’un tiers des clients de la banque à Chemnitz, ville anciennement connue cous le nom de Karl-Marx-Stadt, ont choisi la carte avec l’image d’un buste en bronze du philosophe du XIXe siècle, a déclaré Roger Wirtz, porte-parole de la banque, à Reuters. Le visage de Marx y figure aux côtés du logo Mastercard.

Rasée pendant la Seconde Guerre mondiale, Chemnitz a été reconstruite comme un modèle de ville socialiste et abrite encore aujourd’hui un buste de Marx de sept mètres de haut. Mais la ville est sinistrée économiquement depuis la fin du communisme, et sa population a baissé de 20%. Mais cela n’a pas découragé ses habitants à utiliser des cartes de crédit à l’effigie de l’homme qui a prédit la fin du capitalisme et le triomphe du communisme.

Dans les Länder de l’ancienne Allemagne de l’Est, la nostalgie de la RDA («Ostalgie» en allemand), où les citoyens avaient peu de liberté mais avaient des emplois garantis et la sécurité sociale, est un sujet qui revient régulièrement dans les médias. Si le phénomène représente davantage pour certains une mode amusante qu'une réelle volonté de retour de la Stasi, le phénomène n’est pas limité à l’est à en croire Roger Wirtz:

«Nous avons reçu des demandes de clients des Länder de l’ouest de l’Allemagne qui voulaient savoir s’ils pouvaient ouvrir un compte local avec nous pour avoir une carte Karl Marx.»

Le mark est d’ailleurs au cœur de cette nostalgie économique. Selon une étude parue à l’automne 2011, 54% des Allemands regrettent le Mark, selon un sondage publié l'automne dernier. Annabelle Georgen décrivait récemment sur Slate les raisons de l’attachement symbolique au Mark:

«Les causes de cette tentation “sécessionniste” sont également à chercher dans l'histoire récente de l'Allemagne. D'abord dans celle du fameux Wirtschaftswunder, le miracle économique grâce auquel, dans les années 1950, l'Allemagne laminée de l'après-guerre est devenue l'une des plus grandes puissances industrielles du monde. Le début de cette croissance intense coïncidant avec la réforme monétaire qui introduisit le Deutsche Mark en 1948, celui-ci est devenu le symbole de cette décennie prospère dans la mémoire collective des Allemands de l'ex-RFA.»

Grégoire Fleurot Journaliste

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