Culture

Abraham Lincoln, chasseur de vampires, ou l'histoire des Etats-Unis revue et corrigée

Temps de lecture : 2 min

Abraham Lincoln contre les vampires, bande-annonce - capture d'écran
Abraham Lincoln contre les vampires, bande-annonce - capture d'écran

Vous avez peut-être déjà vu la bande-annonce d'Abraham Lincoln, chasseur de vampires. Et vous vous êtes demandé de quelle mauvaise blague il pouvait bien s'agir. Dans cette fiction historique d'horreur qui emprunte autant à l'histoire des Etats-Unis qu'à l'univers des mort-vivants, «le seizième président des Etats-Unis devient une sorte de Buffy en chapeau haut de forme», écrit le New York Times.

Le film produit par Tim Burton, en salle aux Etats-Unis et projeté en France le 8 août, est bien parti pour être un carton au box-office américain, avec lunettes 3D, dégommage sanguinolant à la hâche et scènes d'action à la Matrix. Et on pourrait, comme le New York Times, résumer ce succès à une formule simpliste: «Lincoln fait vendre. Les vampires font vendre.»

Mais aux Etats-Unis, plusieurs journaux très sérieux se penchent sur la signification historique d'un tel scénario. Le film est une adaptation d'un roman de Seth Grahame-Smith, déjà auteur du best-seller Pride and Prejudice and Zombies (Orgueil et Préjugés et Zombies), une parodie d'Orgueil et Préjugés de Jane Austen, dans laquelle Mr. Darcy s'amuse à annihiler du mort-vivant... Détourner la fiction historique en la parsemant de monstres peuplant la littérature SF et d'horreur est donc la marque de fabrique de l'auteur.

Abraham Lincoln, chasseur de vampires est sorti en 2010, juste après le 200e anniversaire de sa naissance et au moment du 150e anniversaire de son élection. Le président américain relate dans ses journaux secrets sa lutte contre le vampirisme en marge de ses activités connues et déjà relatées par les historiens. Les vampires veulent que l'esclavage continue, et c'est pour cela qu'ils fomentent une guerre civile. Dans le système esclavagiste, les vampires peuvent facilement acheter leurs victimes sans avoir de comptes à rendre, et les suceurs de sang n'ont pas envie de voir ce privilège contesté.

Attention, SPOILER

Comme l'écrit Amy Davidson dans le New Yorker:

«Lincoln, chasseur de vampires, est animé dans le film par la vengeance: sa mère et sa première fiancée ont été tuées par des vampires... Mais dans la vraie vie, le jeune Lincoln, lors d'un voyage sur le Mississippi, avait été durement secoué à la vue de personnes vendues sur le marché aux esclaves.»

Et après tout, si les démons étaient responsables de l'esclavage, ne serait-ce pas moins horrible que d'accepter que les humains en sont les inventeurs? s'interroge le New York Times.

Les Américains, se plaint l'éditorialiste David Brooks (le célèbre essayiste qui a théorisé le phénomène «bobo») dans un article récent, ne construisent plus de monuments assez grandioses pour célébrer la continuité des institutions et le legs des grands hommes d'Etat. Pour rendre hommage au grand projet d'Abraham Lincoln, qui était l'avènement de la démocratie et non la chasse aux vampires, un film 3D est, d'une certaine façon, un monument aussi pertinent qu'une grande statue, et même peut-être, plus encore, conclut Amy Davidson dans le New Yorker.

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