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Excision: Oui, le clitoris peut être reconstruit

Jean-Yves Nau, mis à jour le 12.06.2012 à 18 h 59

Après une réunion de femmes contre la pratique de l'excision, au Sénégal, en 2007. REUTERS/Finbarr O'Reilly

Après une réunion de femmes contre la pratique de l'excision, au Sénégal, en 2007. REUTERS/Finbarr O'Reilly

La revue médicale The Lancet vient de publier les résultats d’un large travail chirurgical français démontrant la faisabilité de la reconstruction clitoridienne après mutilation génitale. Cette reconstruction permet aussi à la femme d’améliorer la qualité de son plaisir lors de relations sexuelles.

Ce travail est signé du Dr Pierre Foldès (hôpital de Poissy-St Germain), inventeur de la technique mise en œuvre ainsi que du Dr Béatrice Cuzin (hôpital Edouard-Herriot, Lyon) et Armelle Andro (Univesité Panthéon-Sorbonne, Paris). Il a été financé par l’Association française d’urologie.

Le Quotidien du médecin rappelle que le clitoris mesure une dizaine de centimètres et qu’il n’est amputé que de sa partie externe lors d’une excision. Ceci permet en théorie une reconstitution complète avec l’ensemble de ses nerfs et de ses vaisseaux. L’intervention dure environ une heure et nécessite une hospitalisation de vingt-quatre heures.

Le travail prospectif français porte sur les résultats à court et long terme obtenus chez 2.938 femmes mutilées, âgées de plus de 18 ans (âge moyen: 29 ans) ayant consulté à l’hôpital de Poissy-Saint-Germain. La plupart étaient originaires du Mali, du Sénégal et de la côte d’Ivoire. Pour 564 d’entre elles, la mutilation avait été pratiquée en France. Toutes avaient subi la mutilation sexuelle à 6 ans en moyenne. Toutes voulaient retrouver leur identité et leur image corporelle. La plupart (81%) disaient  également souhaiter améliorer la qualité de leur vie sexuelle et 29% réduire l’intensité de leurs douleurs. 

Des complications immédiates (hématome, lâchage de suture, fièvre modérée) sont survenues chez 155 femmes (5 %) et 108 (4%) ont, de ce fait, été brièvement réhospitalisées. Après un suivi d’un an (sur les 866 qui ont pu être revues), 28% avaient retrouvé un clitoris pouvant être considéré comme normal. La plupart ont fait état d’une réduction (ou d’une absence d’aggravation) de leurs douleurs au moment de l’acte sexuel.

Un tiers des femmes qui n’avaient jamais éprouvé d’orgasme avant l’intervention ont commencé à en éprouver de temps en temps ou régulièrement ; et celles qui avaient eu des orgasmes occasionnels en ont éprouvé régulièrement.

Pour les auteurs de la publication du Lancet, ces résultats plaident clairement en faveur du développement de ces interventions dans les pays où ces mutilations sexuelles sont autorisées (ou ne sont pas prohibées). Dans un éditorial du Lancet, Jasmine Abdulcadir, Michel Boulvain, Patrick Petignat (Genève) observent toutefois que  le plus souvent les femmes mutilées ne sont pas informées des possibilités de soins spécifiques dont elles pourraient bénéficier. Et certains pays très directement concernés ne reconnaissent pas la reconstruction clitoridienne comme une thérapeutique mais comme une forme de  chirurgie esthétique.

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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