Economie

Le scénario-catastrophe d'un retour au mark

Annabelle Georgen, mis à jour le 12.06.2012 à 17 h 53

Deutsche Mark West Germany / Manosij Mukherjee Photography via FlickrCC Licence by

Deutsche Mark West Germany / Manosij Mukherjee Photography via FlickrCC Licence by

Les Allemands continuent de regretter leur bon vieux mark. Cette tendance n'est pas nouvelle, comme nous l'expliquions en février dernier, mais ne risque pas de s'infléchir, dans une Europe s'enfonçant toujours plus dans la crise. Selon un sondage commandé la semaine dernière par la chaîne de télévision ARD et le Welt, 55% des Allemands auraient préféré garder leur monnaie.

Mais si l'Allemagne abandonnait vraiment l'euro, que se passerait-il? «Une désagrégation de l'union monétaire irait de pair avec des coûts et des risques extrêmement élevés, que personne ne peut vraiment prévoir. C'est pour cette raison qu'un tel scénario ne peut pas être le but des négociations entre les responsables politiques», estime Jens Weidmann, le président de la banque centrale allemande (Bundesbank), interviewé par le Welt.

Face à ce constat, deux journalistes du Welt ont imaginé quelles pourraient être les conséquences d'un retour du mark en Allemagne à la date fantaisiste du 1er juillet 2012, et dressé un scénario qui rappelle plus le film-catastrophe que le Wirtschaftswunder.

Les auteurs estiment en effet que l'abandon de la monnaie unique précipiterait l'Allemagne vers la faillite et signerait la fin du succès de l'export allemand. Selon les estimations de Michael Burda, professeur de théorie économique à l'université Humboldt, le nouveau Mark serait réévalué de 20% à 30%:

«Les marges à l'exportation s'effondreraient, et la moitié du secteur se retrouverait sur la corde raide

Ceci aurait pour conséquence de créer un nouvel équilibre économique en Europe, avec moins d'exports, moins de croissance, moins d'actifs occupés et des plus bas salaires.

Plus grave serait encore ce que l'Etat allemand pourrait perdre. La Grèce, l'Irlande et le Portugal ont reçu environ 330 milliards d'euros d'aides de l'Europe, auxquelles l'Allemagne a participé à hauteur de 28%. Le risque que ces sommes ne puissent être remboursées par les pays les plus touchés par la crise est bien réel, mais les auteurs estiment que les pertes que cela représenterait pour l'Allemagne seraient peanuts comparées à celles qu'elle pourrait essuyer en quittant la zone euro :

«Tout l'immobilier, les usines et les marchandises allemandes situées dans le reste de la zone euro devraient être réévaluées. Le gouvernement serait contraint de mettre en place une immense caisse de compensation sur laquelle pourraient être stabilisés les bilans des banques, des assurances et des entreprises –comme ça a été le cas lors du passage de l'ost-mark au mark, mais à bien plus grande échelle», anticipent les auteurs.

Un retour au mark pourrait également entraîner l'effondrement du système bancaire: «Cela pourrait conduire à la nationalisation des banques allemandes... Probablement qu'aucune banque ne pourrait survivre sur ses propres réserves», suppose Michael Burda.

Ces pronostics inquiétants n'empêchent pas certains de croire qu'un compromis est possible, comme Thomas Mayer, économiste à la Deutsche Bank, qui soutient la mise en place d'une monnaie parallèle stable, qui pourrait être utilisée comme moyen de paiement: le goldmark. Mais ce projet a lui aussi tout l'air d'un «cauchemar», selon le Welt:

«Qui serait alors payé en euros, et qui en goldmarks? Avec quelle monnaie seraient payés les retraités et les fonctionnaires? L'insécurité serait énorme, de la même façon que la dévaluation de l'euro.»

Annabelle Georgen
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