Monde

Google peut-il prédire l'effet du racisme sur l'élection d'Obama?

Cécile Dehesdin, mis à jour le 12.06.2012 à 10 h 40

Barack Obama dans la roseraie de la Maison Blanche. REUTERS/Jason Reed

Barack Obama dans la roseraie de la Maison Blanche. REUTERS/Jason Reed

Google peut-il nous permettre de mesurer l'impact du racisme sur les élections? Alors qu'en France le juge a nommé un médiateur pour tenter de régler les différends d'associations anti-racisme avec la fonction «auto-suggest» de Google, qui associe le mot «juif» à de nombreuses personnalités dès qu'on tape leur nom sur le moteur de recherche, un doctorant de Harvard se penche sur un autre aspect de notre inconscient collectif révélé par Google.

Seth Stephens-Davidowitz a analysé les requêtes envoyées à Google dans les années précédant la présidentielle américaine de 2008 pour tenter de voir si le racisme avait eu un impact sur l'élection de Barack Obama. Là où nos sondeurs débattent du «vote honteux», qui amènerait de nombreuses personnes comptant voter Front national à mentir parce que ce n'est pas un vote très socialement accepté, les sondeurs américains ont le même problème avec le «Bradley effect» (du nom du maire de Los Angeles noir qui a perdu l'élection au poste de gouverneur californien alors qu'il était en tête des sondages).

Le Bradley effect prédit que, interrogés par des sondeurs, les électeurs blancs vont exagérer leurs intentions de voter pour un politicien noir pour ne pas apparaître racistes, explique The Atlantic.

Seth Stephens-Davidowitz a donc voulu voir, grâce à Google, ce qu'il en était vraiment pour l'élection de 2008, et si le racisme avait coûté des voix à Barack Obama, qui a remporté la présidentielle avec 52,9% du vote populaire et 365 votes de grands électeurs. D'après son étude [PDF], Barack Obama aurait dû obtenir 3% à 5% de vote populaire en plus, ce qui lui aurait donné une victoire plus qu'écrasante sur John McCain.

Comme il l'explique sur le blog politique du New York Times, le doctorant a regardé toutes les requêtes pour le mot «nigger(s)» (pas «nigga», généralement employé dans des morceaux de rap), entre 2004 et 2007. Il n'est pas allé jusqu'à 2008 parce qu'il voulait une mesure qui ne soit pas influencée par Obama lui-même. Et il a prédit combien de votes Obama aurait dû avoir normalement sur la base des votes reçus par John Kerry dans les différents Etats en 2004, et ceux des candidats démocrates au Congrès en 2008. 

Comme le montre ce graphique, Obama a fait légèrement mieux que les chiffres attendus dans les 10% des endroits où il y a eu le moins de recherches Google racistes. Dans les 90% restants, Obama a fait moins bien que ce que les sondages prévoyaient. Dans les 10% des endroits avec le plus de recherches racistes, le candidat a obtenu 7% de voix en moins que prévu.

Exemple avec Denver, dans le Colorado, et Wheeling, dans la Virginie Occidentale. Obama aurait dû avoir 57% des voix dans ces deux villes. A Denver, ville avec le 4% taux le moins élevé de recherches raciales du pays, c'est ce qu'il a obtenu. A Wheeling en revanche, 7% taux le plus élevé, il a eu moins de 48% des voix.

Le chercheur affirme que ce racisme pourrait bien avoir un impact dans la tentative de réélection de Barack Obama, même si les gens ont pu s'habituer à l'idée d'avoir un président noir. Mais The Atlantic n'en est pas aussi sûr: le site note que ce n'est pas une surprise que la Virginie Occidentale, le sud du Mississipi ou de l'Oklahoma ne portent pas Obama dans leur coeur, mais que même sans perdre des votes à cause du racisme dans ces Etats, il n'y aurait jamais gagné en tant que candidat démocrate. 

The Atlantic estime également que, même si le nord de New York et la partie rurale de l'Illinois semblent très racistes d'après leurs recherches Google, si Obama est incapable de gagner dans ces Etats il se ramassera royalement à la présidentielle, vu leur vote classiquement très démocrate. Ce racisme importe pour quelques Etats moins politiquement décidés, mais il ne faudrait pas oublier toutes les autres raisons pour lesquelles Obama pourrait perdre:

«Si Obama perd, des chercheurs trouveront une des raisons dans sa couleur de peau, mais encore plus de chercheurs pointeront du doigt l'indice le plus important et connu des élections: l'état de l'économie.»

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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